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‘La carte est un instrument de connaissance et de pouvoir’

Laura Heurteloup 3 décembre 2012

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Il y a plusieurs siècles, les hommes avaient recours, pour naviguer sur les mers, aux cartes portulans. Ces véritables œuvres d’art aux richesses iconographiques insoupçonnées, sources de connaissances géopolitiques précieuses, sont conservées au département des plans et cartes de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Jusqu’au 27 janvier, vous pouvez y voir L’âge d’or des cartes marines, une exposition consacrée aux pièces les plus exceptionnelles de la collection. Rencontre avec Catherine Hofmann, conservateur en chef du département des cartes et plans de la BnF.

Atlas Miller, planche du Brésil, 1519, carte manuscrite enluminée © BnF, département des Cartes et plans.

[exponaute] Pourquoi avez-vous décidé de montrer au public la collection de cartes maritimes de la Bibliothèque nationale de France ?

[Catherine Hofmann] La Bibliothèque nationale possède une collection exceptionnelle, la plus importante au monde. Nous avons à peu près 500 pièces, sur 8500 recencées en Europe et aux Etats-Unis, représentatives des centres de production qui se sont succédés du XIIIe au XVIIIe siècles. Depuis plusieurs années, l’équipe de direction s’était donnée comme objectif de valoriser ces collections. Elle a donc lancé un programme de recherche sur trois ans consacré aux cartes portulans. Il a permis de faire un état des lieux des institutions qui possèdent elles aussi ce type de cartographies, afin de les numériser et de les rendre accessibles à terme sur Internet.

Comment ces cartes portulans se sont-elles retrouvées à la Bnf ?

Un département des cartes et plans a été créé en 1828 à l’initiative d’Edme-François Jomard, un des ingénieurs-géographes qui a accompagné Napoléon en Egypte en tant que maître d’œuvre de l’ouvrage Les descriptions d’Egypte. Pour sa deuxième carrière, il a été à l’initiative de ce département et son premier conservateur. Très curieux de la cartographie ancienne, il est l’un des premiers historiens à s’intéresser aux cartes comme objet d’histoire. Il va s’intéresser aux mappemondes et aux cartes marines médiévales en enrichissant la collection par des achats mais également des dons.

Pouvez- vous nous expliquer la signification du terme portulan ?

C’est une dénomination très critiquée par les puristes car elle ne correspond pas à l’usage de l’époque. Ce sont les historiens de la cartographie, à la fin du XIXe siècle, qui ont fait le rapprochement entre des textes qui décrivaient les côtes et la manière d’entrer dans les ports, appelés portolini en italien et les cartes marines. Ces deux documents sont donc apparus à la même période mais en aucun cas les cartes étaient désignées sous le terme de portulans au Moyen-âge, on parlait plutôt de cartes de mer ou cartes de navigation.

Carte portulan anonyme dite de Christophe Colomb, vers 1492 © BnF, département des Cartes et plans.

Quelles sont les techniques d’élaboration des cartes ?

Le plus souvent, il s’agit de parchemin tanné à partir d’une peau de mouton, de vache ou de  chèvre. La peau entière de l’animal est utilisée, on aperçoit parfois un rétrécissement qui correspond au cou de l’animal. Concernant les pigments, nous n’avons malheureusement pas suffisament d’historiens de l’art qui s’y sont intéressés. Une partie de l’exposition évoque également les instruments de navigation en usage au Moyen Age et à la Renaissance. Il y avait la boussole, mais surtout un instrument qui, à partir du XVe siècle, permet de relever la hauteur des astres et donc de déterminer la latitude. Il faut attendre le XVIIIe siècle et la mise au point d’horloges marines pour définir la longitude avec précision.

Comment expliquer la richesse iconographique qui orne les cartes portulans ?

Il faut savoir qu’il existe une double production de cartes, une première de luxe destinée à des amateurs éclairés, des princes, des souverains, des marchands ou des armateurs. C’est essentiellement celle-ci qui est conservée. Il y a un besoin de représentation de la part de marchands pour projeter leurs voyages commerciaux et des souverains pour imaginer des alliances ou tout simplement pour connaître le monde. Les cartes marines sont importantes, elles offrent une maîtrise sur l’espace maritime, parcouru par les navires de différentes puissances, le connaître c’est avoir du pouvoir. La carte est un instrument de connaissance qui devient un instrument de pouvoir. En parallèle, il y a une production courante, qu’on trouvait à bord des navires était moins ornée, beaucoup plus simple.

Comment ces cartes sont-elles transmises ?

Nous avons des archives qui attestent de l’existence d’ateliers de productions cartographiques nés en Méditerranée occidentale au cours du XIIIe siècle. La plupart du temps ces cartographes sont souvent des pilotes ou des capitaines de navire avec une expérience de la mer. Les cartes portulans sont tout de même assez mystérieuses, celles que nous avons ici sont déjà bien abouties. Il a sûrement dû y avoir des modèles mais nous n’avons pas pu faire le lien avec d’autres types de cartographie antique, médiévale, arabe.

Atlas catalan, 1375 © Bibliothèque nationale de France.

Quelles sont les plus belles pièces présentes dans l’exposition ?

Dans la dernière partie de l’exposition, nous présentons des éléments exceptionnels de différentes époques. Notamment un atlas catalan en parchemin sur du bois datant de 1375. C’est un des trésors de la bibliothèque offert au roi Charles V vers 1375. On retrouve la trace de cet atlas en 1380, dans l’inventaire de la bibliothèque du roi dont la BnF est héritière. Il s’agit d’une carte de la Méditerranée composée de douze volets. Quatre d’entre eux concernent l’aspect cosmographique avec un calendrier des marées, quatre dessinent la méditerranée dans le style des cartes marines et quatre autres représentent l’Orient, basé sur des récits de voyage comme celui de Marco Polo et des sources arabes. L’iconographie est très riche et renvoie à des faits connus rapportés par des voyageurs et des légendes. C’est une pièce unique.

Propos recueillis par Laura Heurteloup.

L’ÂGE D’OR DES CARTES MARINES

23/10/2012 > 27/01/2013

BnF - Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand

PARIS

La Bibliothèque nationale de France possède la plus grande collection au monde de portulans, ces cartes marines enluminées sur parchemin,...

Exposition terminée
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