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Manuel Álvarez Bravo : le réalisme magique en photo

Magali Lesauvage 30 novembre 2012

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Le Jeu de Paume à Paris réserve son automne à une rétrospective de Manuel Álvarez Bravo. Mort centenaire en 2002, le photographe mexicain y est célébré à sa juste valeur, entre réalisme et surréalisme. L’une de ses plus célèbres photos, représentant un ouvrier en grève assassiné, fait le lien entre ces deux pôles esthétiques soi-disant irréconciliables. Analyse.

Manuel Álvarez Bravo, Obrero en huelga, asesinado (Ouvrier en grève, assassiné), 1934, épreuve gélatino-argentique tardive © Collection Colette Urbajtel/Archivo Manuel Álvarez Bravo, S.C.

Publiée en 1939 par André Breton (un an après son voyage au Mexique) dans la revue Minotaure, cette image est emblématique des combats sociaux de l’entre-deux-guerres. La même année, le chef de file des surréalistes commente ainsi le travail de  Manuel Álvarez Bravo dans le catalogue de l’exposition que lui consacre la galerie parisienne Renou & Collé : « Ce à quoi est parvenu Manuel Álvarez Bravo dans ses compositions est un admirable réalisme synthétique, dont je ne connais ici aucun équivalent. Tout le pathétique mexicain est mis par lui à notre portée : où Álvarez Bravo s’est arrêté, où il s’est attardé à fixer une lumière, un signe, un silence, c’est non seulement où bat le cœur du Mexique mais où encore l’artiste a pu pressentir, avec un discernement unique, la valeur pleinement objective de son émotion ».

Après avoir débuté dans les années 1920 avec des images dans la veine constructiviste, à la limite de l’abstraction – avec notamment ses superbes montages de feuilles de papier qu’il récupère dans son bureau de comptable –, le photographe entame la décennie suivante une série sur la ville de Mexico, dans laquelle les jeux de reflets permettent d’insérer des éclats d’onirisme.

En 1934, Álvarez Bravo réalise un film expérimental à Tehuantepec, au sud du Mexique. C’est lors de ce voyage qu’il photographie l’Ouvrier en grève, assassiné – la figure du gisant, et par extension du corps allongé, devient alors un leitmotiv formel de son œuvre. Motif artistique essentiel, voire le tout premier de l’histoire de l’art, le gisant est ici vu à la manière de la photo de presse alors en plein essor : à la manière d’un paparazzi, Manuel Álvarez Bravo photographie la dépouille à mi-corps, sans apprêt ni recherche de lyrisme. Un voile noir forme un fond de deuil opportun, sur lequel se détache la chemise blanche du défunt. Le bras détaché du corps ferme la composition tout en introduisant le spectateur dans l’image, tandis que la tache de sang qui se répand sur le sol guide le regard jusqu’à la magnifique tête du gisant. Une certaine dramaturgie est mise en œuvre, apaisée par l’expression sereine du visage androgyne dont le menton est relevé en un dernière mouvement de défi, et la délicatesse de la pose du modèle.

Celui-ci a les yeux ouverts. De sa bouche et de son nez  jaillit une longue tache sombre, à laquelle se mêlent ses noirs cheveux brillants, relevés comme une coiffe rituelle. Marquant de larges stries sur son visage d’enfant, le sang forme une sorte de masque, à la manière des peintures corporelles des peuples amérindiens. Passé dans l’au-delà, l’ouvrier assassiné dans la plus grande trivialité – celle de la lutte pour sa propre survie –, prend là l’apparence du chamane. L’œil contemplant une réalité invisible au vivant, il est l’image par excellence de ce « réalisme magique » prôné par André Breton : sans kitsch ni extravagance, là est l’essence même du surréalisme.

MANUEL ÁLVAREZ BRAVO

16/10/2012 > 20/01/2013

Jeu de Paume

PARIS

Manuel Álvarez Bravo (1902-2002), pionnier de la photographie artistique au Mexique, dont l’œuvre couvre une vaste période allant des a...

Exposition terminée
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