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Monumenta 2014 : les Kabakov bâtiront leur Cité au Grand Palais

Magali Lesauvage 29 novembre 2012

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La prochaine édition de Monumenta, en 2014, accueillera au Grand Palais le couple d’artistes russes Ilya et Emilia Kabakov : leur installation Gorod est dans le droit fil d’un travail essentiel, dont la poésie est le résultat d’une réaction contre les contraintes de l’ex-URSS totalitaire.

Ilya Kabakov, The Sun in Wire, 1977.

La nouvelle est désormais officielle, plusieurs mois après avoir été connue du petit milieu de l’art. Il n’y aura pas de Monumenta en 2013, faute de moyens – on sait que les temps sont durs pour les crédits du ministère de la Culture (qui ne s’en cache même plus). L’événement, dont la production est assurée par la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais, est repoussé à l’année suivante, et aura lieu très exactement du 5 mai au 22 juin 2014.

Invité dans dix-huit mois, donc, un couple d’artistes russes résidant aux États-Unis, Ilya et Emilia Kabakov. D’ici là, Ilya aura fêté ses quatre-vingts ans (le 30 septembre 2013), et Emilia en aura soixante-neuf. Le commissariat de la sixième édition de Monumenta sera assuré par Jean-Hubert Martin, et l’exposition a déjà un nom : Gorod (« cité » en russe). Référence invoquée : le pavillon soviétique de l’Exposition de 1925, pour lequel les artistes Alexandre Rodtchenko et Constantin Melnikov avaient conçu un projet utopiste. De manière très explicite, l’installation des Kabakov est décrite en ces termes : « La « cité » conçue spécialement pour le Grand Palais, même si elle est truffée de références puisées dans la Renaissance, le romantisme ou la science moderne, se laissera appréhender de façon sensible et concrète, créant la sensation d’entrer dans une dimension supérieure. La déambulation réservera, au détour de ses « chapelles » à l’ambiance sacrée, des moments bouleversants ».

Ilya Kabakov, The Man Who Flew Into Space From His Apartment, 1985.

Par ce programme alléché, replongeons dans l’œuvre, entamé il y a plus d’un demi-siècle, d’Ilya Kabakov (rejoint par Emilia, son épouse, en 1989). Bien qu’il soit passé à l’Ouest en 1987 (il s’installe à New York en 1992), l’artiste fait de l’Union soviétique le sujet majeur de son travail : ses utopies, sa tragédie, ses fictions et ses réalités, les modes de survie et les stratégies de création mis en place. Face à la machine totalitaire communiste, les artistes de l’ex-bloc soviétique ont bien souvent répondu par un art éphémère, fragile, discret, notamment par la performance – comme on avait pu le constater dans l’exposition Les Promesses du passé au Centre Pompidou, en 2010. Le travail de Kabakov s’impose de manière plus franche. Des dessins de douche (sans eau) et des albums de dessins aux installations gigantesques reproduisant des intérieurs encombrés, il évoque dans son travail les conditions de vie dans l’URSS des kommounalka, ces appartements partagés niant toute intimité, et les rêves d’évasion d’individus dont on a nié l’inconscient.

The Man Who Flew Into Space From His Apartment, Monument to a Lost Civilization, Where is Our Place?, In the Closet : les titres des installations des Kabakov parlent d’eux-même pour révéler la poésie qui surgit de la collision entre l’individu et la masse, le psychologique et le politique, l’intime et le public. On a donc fort hâte d’être au mois de mai 2014, pour découvrir la Cité que ces artistes gavés d’utopie mais épris de réel bâtiront dans l’écrin cristallin du Grand Palais.

 

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