Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_cercle_4 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS
expo_cercle_5 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

Fabrice Hyber, la viralité appliquée à l’art

Magali Lesauvage 21 novembre 2012

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Avec quatre expos simultanées, cet automne est décidément la saison Hyber. L’artiste français chéri des 90’s fait un come back remarquable, en occupant pendant plusieurs mois quatre lieux : le Palais de Tokyo, le Mac/Val, la Fondation Maeght et l’Institut Pasteur (avec l’œuvre pérenne Sans gêne). Fabrice Hyber, artiste connecté.

Fabrice Hyper, POF n° 65 – Ballon carré, 1998.

« Tout est lié, mon œuvre ne fait qu’un », nous confie l’artiste dans son atelier-loft du 10e arrondissement de Paris. Son fameux ballon carré est posé sur la table, c’est le POF n°65, soit le soixante-cinquième « Prototype d’objet en fonctionnement », dont Fabrice Hyber a débuté la réalisation il y plus de vingt ans, en 1991. Une série qu’il poursuit toujours, et qui est exposée jusqu’au 19 janvier 2013 au Mac/Val de Vitry-sur-Seine. Les objets y sont laissés à l’usage des visiteurs, qui ont, pour certains, été sauvagement détériorés : « C’est le cannibalisme de ceux qui s’approprient la culture », commente placidement l’artiste.

Un art consommable, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier le travail de Fabrice Hyber. Depuis les Peintures homéopathiques, série entreprise en 1986 (visible à la Fondation Maeght), jusqu’au dernières installations qui demandent l’intervention du spectateur (comme la Maison des vents, installée au Palais de Tokyo), ses œuvres font corps avec le spectateur. Cette « peinture qui soigne, mais par petites doses, comme un poison qu’on instille petit à petit », explique-t-il, est conçue comme une cure mentale, plus que physique, que l’on pourrait rapprocher de l’« hygiène de la vision » de Martial Raysse. Mais tandis que le Nouveau Réaliste décapait la peinture en y intégrant les objets du quotidien, Fabrice Hyber conçoit ces toiles comme porteuses du « mal » – un mal qui est la vie même. Les tableaux sont des collages d’éléments divers : papier calques, branchages, dessins, photos, objets se juxtaposent, débordent du cadre de la toile. On peut y voir les instants de la vie de l’artiste, ou plutôt ses réflexions sur la vie, figés dans la glaçure de la peinture.

Vue de l’exposition monographique de Fabrice Hyber, Matières Premières, 2012, Palais de Tokyo, Paris © Didier Plowy.

Tirez un fil de l’œuvre de Fabrice Hyber, elle vient toute seule à vous. Consommable, son art est aussi viral – ses Hommes de Bessine, des statues d’hommes verts crachant de l’eau par tous les orifices, sont disséminés dans divers espaces publics. Il contamine l’espace d’exposition, il se diffuse d’un médium à l’autre, il touche (littéralement) le spectateur  – l’artiste se fait connaître en 1991 grâce à un savon géant de 22 tonnes, Traduction, inscrit au Guiness Book des record.

Fabrice Hyber a une formation scientifique. Son travail a germé en même temps que proliférait l’épidémie de SIDA, dans les années 1980. Ses œuvres prennent souvent la forme de schémas, de diagrammes explicatifs. Elles sont, selon lui, des propositions, des équations dont la solution est laissée à la réflexion du spectateur. Homéopathiques, elles sont diluées dans l’espace, et prennent souvent la forme de notes directement écrites sur la toile, ou au mur.

Fabrice Hyber, Jus de fleurs sur dessin préparatoire, vue de l’exposition Matières premières au Palais de Tokyo, 2012.

On a souvent évoqué au sujet de ce travail la notion de rhizome. On voit dans ses toiles des formes cellulaires, des arbres aux multiples ramifications, des flèches suggérant un recyclage infini. Fasciné par le mode de fonctionnement viral et l’hybridation, Fabrice Hyber, dès les années 1980, préludait à notre mode de communication actuel en réseaux – il lance en 1999 un site, inconnu.net, en prévision du fameux « bug de l’an 2000 ». Concepteur de jeux divers (notamment du football pour ballon carré), il place l’interaction au cœur de sa démarche, concevant un jeu vidéo, un « Hybermarché » (au Centre Pompidou en 1995), un studio télé (à la Biennale de Venise, en 1997, qui lui décerne le Lion d’or).

Lavoisier de l’art, Fabrice Hyber fait circuler la matière, organique ou chimique. Ainsi l’exposition du Palais de Tokyo, intitulée Matières premières, montre-t-elle un cube de rouge à lèvres à forte capacité d’attraction, des fleurs dégoulinant leur jus sur des feuilles de papier, un sol d’éponges à arpenter. On peut la visiter du haut d’une passerelle, comme un laboratoire. Elle implique le corps, les sens, et impose une déambulation circulaire au spectateur, qui est invité à gravir l’architecture, investir un terrain de jeu, claquer des portes. On y croise la beauté de la matière, mais aussi ses odeurs âcres, ses humeurs écœurantes, ses métamorphoses mystérieuses. « Complexes comme la vie même », avoue-t-il.

 

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE