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Regarder Raphaël, de la jeunesse à la maturité

Magali Lesauvage 8 novembre 2012

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L’exposition Raphaël, les dernières années au musée du Louvre permet, grâce à un rassemblement exceptionnel de chefs-d’œuvres, de faire le point sur la fin de la (courte) carrière de l’artiste. Mais comment reconnaître le jeune Raphaël de celui de la maturité ? Explication en trois points.

1483-1520 : Raphaël (aka Raffaello Sanzio) meurt à l’âge de trente-sept ans, « d’excès de plaisirs amoureux » selon son biographe et confrère Giorgio Vasari. Sa carrière dure une vingtaine d’années, lors desquelles il parvient à créer une synthèse entre la douceur de Léonard de Vinci et la force expressive de Michel-Ange (avec une pointe d’école du Nord), qui symbolise à la fois l’apogée de la Renaissance et les fondements du classicisme. Visages, couleur, expression : trois caractéristiques permettent de distinguer les premières œuvres des plus tardives.

Visages

À ses débuts, Raphaël dessine les visages à la manière de son maître, Pérugin. Des visages pointus comme celui de la Belle Jardinière du Louvre, datée de 1507-1508. Le jeune peintre n’a alors que vingt-quatre ans, mais peint avec une maturité désarmante. Les chairs sont pâles et l’expression pointue, quelque peu pincée – réminiscence médiévale.

Raphaël, Portrait de Baldassare Castiglione, 1519, Paris, musée du Louvre © Tony Querrec.

Avec le temps, les contours vont s’arrondir, comme on peut le voir non seulement dans les multiples Madones peintes après son arrivée à Rome (en 1508), notamment dans la sublime Madone Sixtine, mais surtout dans les portraits, qui acquièrent avec le temps une forte densité psychologique. Ainsi en est-il de la Donna Velata (1512-1518) ou du Portrait de Baldassare Castiglione, peint un an avant la mort de l’artiste, qui décrit avec tendresse les traits d’un ami au regard intense, lumineux d’intelligence. L’étude du tableau révèle que Raphaël a dessiné sans hésitation le visage de Castiglione, d’un trait de sanguine directement tracé sur la toile préparée.

Couleur

Dominée par des tons clairs, ceux que l’on peut voir à l’arrière-plan du petit Saint Georges du Louvre, daté de 1503, avec son délicat dégradé atmosphérique, la peinture de Raphaël va petit à petit se faire plus franche dans ses coloris, plus acide. Le clair-obscur, inspiré de la manière de Léonard de Vinci, prend le pas sur les équivalences d’intensité lumineuse des premiers tableaux. La Grande Sainte Famille de François Ier (1518) plonge dans une semi-obscurité une partie de la scène sacrée – seul un carré de ciel bleu permet à la composition de respirer. Les couleurs nettement différenciées individualisent les personnages, tandis que la lumière vient creuser les expressions et les drapés.

Raphaël, La Transfiguration, 1516-1520, Rome, musées du Vatican.

Mais le sommet de l’art de Raphaël en matière de coloris reste son ultime œuvre, La Transfiguration, qu’il laisse inachevée à sa mort – mesurant plus de quatre mètres de haut, elle ne quitte pas les musées du Vatican. Les tons électriques, ponctués de flash lumineux sur les arêtes des corps, expriment la folie collective qui atteint ceux qui assistent à cette scène où le Christ prend forme divine. Celui-ci apparaît, triomphant, dans une lumière éclatante, littéralement sur-naturelle. La stridence de la couleur, voire ses dissonances, font ressentir l’étrangeté de la scène, comme une mélodie à l’harmonie discordante. En rendant sensible par cette image ce qui est « au-delà de la nature », Raphaël révèle son génie.

Raphaël et atelier, La Montée au calvaire, dite Lo Spasimo di Sicilia, 1515-1516, Madrid, Musée du Prado.

Expression

Alors que les premières compositions montrent une certaine retenue, l’emphase et la théâtralité gagnent dans les dernières années de la carrière du peintre. Les Chambres (Stanze) du Vatican, dont la décoration, confiée à Raphaël, débute en 1508 et l’occupe jusqu’à sa mort, sont l’aboutissement de cette manière. Réalisée à la même période, la Montée au Calvaire du Prado (1515-1516) s’inspire d’Albrecht Dürer par l’expression outrée des visages (notamment ceux des femmes en pleurs, très « gothiques »), la gestuelle expressive, la lumière crépusculaire.

Raphaël, Saint Michel terrassant le démon, dit Le Grand Saint Michel, 1518, Paris, musée du Louvre © Thierry Ollivier.

L’influence de Michel-Ange est également sensible dans la force sculpturale des dernières figures, notamment le majestueux Saint Michel terrassant le démon du Louvre, dont les ailes bleu et or déployées, surréelles, sont un morceau de bravoure d’une beauté inouïe. On y sent déjà le souffle baroque, l’hérésie maniériste, l’étrangeté fin-de-siècle. L’archange dansant d’un pas serein, comme flottant sur le dos de l’ennemi, illustre la maîtrise de l’artiste en pleine possession de son art, tandis que le paysage à l’arrière-plan révèle son talent de coloriste. Là, peut-être, est l’œuvre parfaite.

 

RAPHAËL, LES DERNIÈRES ANNÉES

11/10/2012 > 14/01/2013

Musée du Louvre

PARIS

En partenariat avec le musée du Prado, le Louvre réunit à l’occasion d’une exposition historique les oeuvres réalisées par Raphaël...

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