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Centre Pompidou virtuel, un iceberg culturel ?

Magali Lesauvage 5 octobre 2012

Le Centre Pompidou, tout le monde (ou presque), le connaît, l'a vu ou visité. Le lieu se double désormais d'un « Centre Pompidou virtuel », un site internet conçu comme un centre de ressources aux potentialités inédites. 

« Le numérique n'est pas une menace ». Il fait bon entendre ces mots de la bouche de la ministre de la Culture et de la Communication, à l'heure où l'Internet est accusé de tous les maux, notamment de couper les individus du monde physique et de nier le principe fondamental du droit d'auteur. Ils furent prononcés hier, jeudi 4 octobre, à l'occasion du lancement du Centre Pompidou virtuel. « Un grand bond en avant » dans l'ère du numérique et des musées, selon Alain Seban, président du Centre Pompidou, qui présentait hier aux côtés d'Aurélie Filippetti le nouveau site www.centrepompidou.fr (l'URL reste la même). Soit, ainsi résumé, « un centre de ressources, une plateforme de diffusion de contenus, un nouvel espace de partage et de connaissance, intuitif, participatif et résolument nouveau ».

La homepage de www.centrepompidou.fr.

 « Une première mondiale »

Projet lancé il y a quatre ans, ce nouveau site répond, selon la ministre, à un « souci d'intérêt général et de diversité culturelle ». Présenté comme « une première mondiale », il a pour axe majeur l'accessibilité entière et gratuite à tous les contenus du Centre Pompidou – non seulement les collections du musée national d'art moderne (soit 76 000 œuvres), mais aussi des centaines de contenus vidéos (entretiens avec des commissaires d'expositions et des artistes, captations de spectacles vivants, conférences...), les catalogues des expositions passées, un magazine vidéo et une quantité d'archives. On y trouve aussi un espace personnalisé et la constitution d'une communauté (ça ne vous rappelle rien ?).

Projet réalisé en open source (c'est-à-dire sans recette secrète, reproductible à volonté) et « interopérable », le Centre Pompidou virtuel se veut un « lieu d'innovation culturelle », un laboratoire participant à « la révolution numérique dans les musées ». Alain Seban, commanditaire du site, le décrit comme un « nuage » (« et non pas un brouillard », sic), sans filtre ni éditorialisation, avec comme modèle le « web sémantique » (une architecture à partir de tags, ou mots-clés).

On ne trouvera pas sur le site de visite virtuelle du musée : « L'idée n'est pas de reproduire ce qui est visible, mais de montrer ce qui est caché », soit les milliers d'archives du centre. Farouchement attaché à ce que les visiteurs continuent d'affluer à Beaubourg, Alain Seban affirme que « rien ne remplace le contact direct avec les œuvres ».

Malle aux trésors 

Le site a été réalisé par Logica (aujourd'hui partie de CGI), qui apporte là un mécénat de compétence, et est hébergé gratuitement par la société OVH. Son coût : 12 millions d'euros. Un financement étalé sur trois ans (2012-2015), qui comprend un prêt de 4 millions d'euros permettant de financer une partie importante du plan de numérisation (remboursable sur 15 ans grâce aux recettes des éditions numériques, c'est-à-dire les applications, produits dérivés et droits photo).

Exemple de recherche sur le mode du web sémantique.

Un coût non-négligeable pour un site qui promet une « expérience nouvelle » de l'art. Qu'en est-il de l'usage ? La navigation en rhizomes n'est pas évidente au premier abord, l'interface principale apparaissant comme une simple galerie d'images : aussi riche que soit la masse des contenus, elle est relativement peu visible et réclame de la part de l'internaute une recherche très volontaire. Par ailleurs, la « co-construction », soit des modules de contribution, devra attendre de s'être étoffée des apports des utilisateurs pour pouvoir juger de sa pertinence.

Se voulant une fenêtre ouverte sur le musée (et non pas sur le monde, à l'exemple du très convainquant site du Walker Art Museum de Minneapolis, walkerart.org, conçu comme un agrégat de contenus au cœur d'une « conversation globale »), le Centre Pompidou virtuel a, à première vue, des allures de grande malle aux trésors, chaque pépite étant reliée par une infinité de fils. Il promet une découverte passionnante, à condition que l'on ait la volonté (et la patience) de tirer l'un de ces fils. Certains s'y perdront avec délices, d'autres se heurteront sans doute à ce qui ressemble pour l'instant à un gigantesque iceberg culturel.

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