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Zidane/Abdessemed : un tête-à-tête de choc

Magali Lesauvage 2 octobre 2012

On est déjà passé devant plusieurs fois – l'œuvre a été installée il y a une petite semaine –, on y  repassera sans doute beaucoup. La sculpture en bronze se nomme Coup de tête, elle mesure plus de cinq mètres de haut, et est exposée pendant trois mois sur la Piazza, devant le centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Je suis innocent de l'artiste Adel Abdessemed qui ouvre ce 3 octobre. Une œuvre noire, violente, cynique – éminemment contemporaine.

 

Adel Abdessemed, Coup de tête, 2011-2012, bronze. Courtesy de l’artiste et David Zwirner, New York/Londres.

Devant elle, de nombreux touristes s'arrêtent pour se faire photographier, certains rejouant même la scène mille fois revue. Celle-ci, péché final multi-diffusé, a eu lieu le 9 juillet 2006, à l'Olympiastadion de Berlin, où se jouait devant 75 000 spectateurs – et une audience télévisée estimée à un milliard de personnes – la finale de la coupe du monde de football opposant la France à l'Italie. A la 110e minute, lors des prolongations, Zinedine Zidane, capitaine de l'équipe de France qui joue là le dernier match de sa carrière, est expulsé suite à un carton rouge accordé par l'arbitre. En cause, un coup de tête porté dans la poitrine du défenseur italien Marco Materazzi. Quelques minutes plus tard, l'Italie s'impose aux tirs aux buts, cinq contre trois.

Que l'on soit plus ou moins sensible à la chose footballistique, l'événement a marqué les esprits. Cet événement, c'est le moment « critique » par excellence. Au sens de ce qui fait crise, et constitue une rupture irrémédiable avec le passé. Figure apollinienne du héros immaculé, Zinedine Zidane montra ici, dans ce geste non-noble – quelles que furent ses motivations – une face cachée qui révélait aux yeux du monde la part sombre d'un demi-dieu ravalé en une fraction de seconde au rang d'humain. Ce fut la chute, l'humiliation, la crucifixion mondialisée – avant la résurrection médiatique.

Le joueur a été l'objet de plusieurs œuvres, dont la plus célèbre, Zidane, un portrait du XXIe siècle, de Douglas Gordon et Philippe Parreno, le montre dans un temps qui semble étiré alors qu'il n'est que réel. Il y est filmé au plus près, dans sa beauté lisse, quasi animale, car ne révélant d'autre état de conscience que celui du jeu. Solaire et étale, le Zidane de Gordon et Parreno s'oppose aux silhouettes noires d'Abdessemed, saisies dans l'instant même du drame.

Ce Zidane-là est la figure de la mélancolie, de l'ange déchu, du roi martyr. Il est présenté par Adel Abdessemed, pourtant, en un monument public, ce qui renforce encore son statut d'icône. Coup de tête vient nous rappeler que chaque époque a les icônes qu'elle mérite – la nôtre, un dieu du stade trop humain. Elle est en cela profondément contemporaine – et terriblement pessimiste.

ADEL ABDESSEMED

03/10/2012 > 07/01/2013

Centre Pompidou

PARIS

Apparu au commencement des années 2000, l’œuvre d’Adel Abdessemed a jusqu’ici été généralement perçue et interprétée comme u...

exposition terminée
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