Votre action a été enregistrée avec succès !
hide_fb

Inscrivez-vous gratuitement sur exponaute et ne ratez plus jamais une exposition

Publiez une expo

Magazine » Entrevues

Cneai : « La lecture est un geste artistique »

Magali Lesauvage 28 septembre 2012

Cneai, seconde époque... Quinze ans après son inauguration, le Centre national de l'estampe et de l'image imprimée, sur l'île des Impressionnistes de Chatou, opère sa mue et devient le « Centre national Edition Art et Images ». A cette occasion, un week-end d'inauguration, Festival Island #1, est organisé, avec une série d'événements – projections, lectures, performances, danse, concerts. Sa directrice, Sylvie Boulanger, nous explique les enjeux d'un tel lieu.

Cneai, la Maison flottante, Chatou, 2007. Photo : Paul Tahon.

[exponaute] Pourquoi un lieu dédié à l'art comme média ?

[Sylvie Boulanger] Il n'existe pas vraiment de structure équivalente à la nôtre dans le monde... À l'origine, le Cneai était un centre d'art consacré à la gravure. Puis nous avons élargi cette thématique à l'idée d'œuvre comme média non unique, et aux nouvelles formes médiatiques de l'œuvre. Notre sujet, c'est l'objet édité, publié – que cela soit dans le domaine de l'imprimé ou du numérique. Ainsi avons-nous passé commande à sept webdesigners de sept plate-formes différentes pour notre propre site internet.

En nous intéressant aux œuvres destinées à être diffusées, nous souhaitons remettre en cause les standards de l'œuvre d'art. Pour cela, un vaste travail de prospection est nécessaire, dont le Salon Light, que nous organisons depuis neuf ans, est le reflet (la prochaine édition aura lieu du 19 au 21 octobre au Palais de Tokyo, ndlr). Notre collection d'éditions, FMRA, est une collection choisie – contrairement au dépôt légal de la Bibliothèque nationale de France, qui récolte tout –, avec 11 000 documents qui constituent un fonds de recherche précieux. Les architectes Philippe Bona et Elisabeth Lemercier ont repensé leur conservation dans nos espaces agrandis grâce à l'intégration dans le bâtiment de 1000 boîtes en acier bichromaté, sortes de briques modulaires qui servent à structurer l'espace, mais aussi comme rangement, mobilier d'exposition, etc. 

Salle d'exposition, OBU Bona-Lemercier architectes, Cneai, Chatou, 2012. Photo : Louis Bona.

Le Cneai entame sa « seconde époque ». En quoi consiste ce tournant ?

Nous allons aborder deux sujets de recherche sur trois ans, avec des commandes d'œuvres et des expositions à chaque saison. Pour cette rentrée, nous proposons un parcours avec dix « points de vue », ou micro-expositions. Le premier sujet, c'est celui de la représentation par l'image d'un acte, avant l'acte lui-même, l'anticipation de l'image avant le geste – un peu comme sur les réseaux sociaux du type Facebook ou Twitter, où l'on agit pour l'image qui va être créée. L'autre axe de réflexion, c'est celui de l'art non-protégé par le white cube, de l'objet sans valeur ajoutée, ayant perdu son aura par la reproduction technique, mais conservant son intérêt en tant qu'expérience artistique. Trois fois par an, nous organisons des week-end de réouverture, dans l'idée de « changer de point de vue », avec des performances, concerts, et interventions diverses. L'art live est inclus dans notre programmation car nous envisageons tout le champ de ce qui est « déspécialisé », c'est-à-dire toutes les formes expérimentales.

Yann Sérandour, Editions Cneai = disponibles au 5/03/11, Cneai, Chatou, 2011. Photo : Cneai.

Quelle est la spécificité de votre démarche ?

Nous souhaitons montrer l'art dans sa plus grande liberté, décloisonné. L'art « amateur », au sens noble du terme. On veut remettre en cause la professionnalisation de l'art, privilégier ce qui échappe au marché. Notre public, ce sont les vrais curieux d'expériences. On est conscient que ça n'est pas facile de rentrer dans un livre, il y a la question de « l'autorité de l'auteur », etc. La forme même oblige à aller plus loin. La lecture est un geste artistique.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

AJOUTER UN COMMENTAIRE