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Les arts de l’Islam au Louvre : « Déconstruire un certain nombre d’idées reçues »

Magali Lesauvage 18 septembre 2012

Mardi 18 septembre, le président de la République François Hollande inaugurait les nouvelles salles du département des Arts d'Islam au Louvre en déclarant : « Les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme qui se réclame de l'islam se trouvent dans l'islam lui-même ». Un moment symbolique fort dans l'histoire muséale française, dont Gwenaëlle Fellinger, conservatrice, nous explique les enjeux.

Vue aérienne de la cour Visconti, Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam. Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti © M. Bellini - R. Ricciotti/Musée du Louvre © 2012 Musée du Louvre/Antoine Mongodin.

[exponaute] Pourquoi créer un département des Arts de l'Islam au musée du Louvre, décision prise par le président de la République Jacques Chirac en 2003 ?

[Gwenaëlle Fellinger] Depuis 1945, les arts d'Islam étaient rattachés aux Antiquités orientales, après avoir été intégrés aux Objets d'art et aux Arts asiatiques. La collection a pris petit à petit de l'ampleur, et n'était pas exposée à sa juste valeur, mais en entresol, sur 800 m². Elle n'était pas très connue du grand public. La création d'un nouveau département au Louvre, le huitième, montre la reconnaissance administrative et scientifique, au sein du musée, de ces arts.

Depuis quand l'Etat français collectionne-t-il de l'art islamique ?

Depuis très longtemps, puisqu'il y a des pièces qui proviennent des collections royales. Certaines sont en France depuis le Moyen Âge, notamment des œuvres majeures comme l'aiguière provenant du trésor de Saint-Denis, arrivée vers 1150, ou le baptistère de Saint-Louis, probablement arrivé au XVe siècle. Mais la majeure partie de la collection a été formée au début du XXe siècle, au moment où se développe à Paris un grand courant d'islamophilie.

Bassin dit « Baptistère de Saint Louis », Égypte ou Syrie, première moitié du XIVe siècle, Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, anciennes collections royales © Musée du Louvre, dist. RMN /Hughes Dubois.

Quels changements majeurs ont été décidés par rapport à la présentation précédente des collections ?

Il y a bien sûr beaucoup plus de pièces exposées, environ 3000, puisqu'on passe de 800 à 2800 m². Tout le parcours a été repensé. On a défini quatre grands temps (632-1000, 1000-1250, 1250-1500, 1500-1800), qui regroupent plusieurs aires géographiques, avec trois échappées thématiques – une sur la ville de Suse, site archéologique majeur, une sur la calligraphie, une autre sur l'art du livre. On verra bien sûr les mêmes chefs-d'œuvres qu'auparavant, comme la pyxide d'al-Mughira, mais par ailleurs, le musée des Arts décoratifs nous fait bénéficier d'un grand dépôt, certains objets de cette collection, constituée avant même celle du Louvre, n'ayant pas été vus depuis 1981, avec par exemple un grand nombre de céramiques d'Iznik, ou de tapis. Il y a aussi de nombreux dispositifs multimédias.

À cette occasion, le Louvre a-t-il procédé à des acquisitions importantes ?

Il y a eu quelques achats majeurs, en particulier un tapis de prière en soie, d'une taille relativement petite mais d'une grande importance historique. Il provient de la collection Kelekian, et fait partie d'une série très connue, tissée au XVIe siècle en Iran. C'est une production de tapis d'une extrême finesse, qui est restée mystérieuse et a donné lieu à beaucoup de conjectures.

Comment évoquez-vous l'architecture, domaine majeur de la création islamique ?

Nous n'avons pas choisi d'évoquer l'histoire de la mosquée, ou de bâtiments particuliers. Cela ne nous semblait pas être le rôle du musée, ça aurait plus sa place dans un manuel d'histoire de l'art. En revanche, nous avons la chance d'avoir quelques éléments d'architecture, le plus important étant le porche mamelouk [provenant du Caire et datant du XVe siècle, ndlr], qui n'était pas visible auparavant et est accompagné d'un support multimédia.

Porche d'époque mamlouke (détail), Égypte, Le Caire, seconde moitié du XVe siècle, Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, dépôt, musée des Arts décoratifs, Paris, 2006 © Musée du Louvre, dist. RMN/Hervé Lewandowski.

Quel a été le parti pris architectural des deux lauréats du concours, Mario Bellini et Rudy Ricciotti ?

L'important était de respecter la cour, qui n'est pas homogène, avec beaucoup des statues, et un décor très présent (contrairement aux cours Marly et Puget). On ne pouvait donc pas rajouter simplement une verrière. La solution a été de ne construire qu'un seul étage, en creusant en partie sous le Louvre, ce qui représente une vraie prouesse technique.

Comment envisagez-vous la médiation auprès du public ?

La volonté première est de déconstruire un certain nombre d'idées reçues sur les arts de l'Islam. En particulier, celle selon laquelle ils sont aniconiques : il y a en réalité beaucoup d'images, certaines cachées, miniaturisées, mais elles sont bien là ! Autre idée reçue : l'art islamique serait un art religieux, ce qui n'est pas le cas. Certes il y a des pièces avec un usage religieux, mais beaucoup sont profanes ou hors contexte religieux, la plupart sont destinées à des élites urbaines. Par ailleurs, on explique que l'arabe n'est pas la seule langue de l'Islam, il y a aussi le persan, le turc...

La verrière ondulante, Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam. Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti  © M. Bellini – R. Ricciotti/Musée du Louvre  © 2012 Musée du Louvre/Philippe Ruault.

Comment définir l'art islamique ? Qu'est-ce qu'on en commun toutes ces œuvres ?

Pour nous, il s'agit d'une civilisation, qui s'étend du VIIe au XIXe siècle, avec des variantes – on s'arrête au XIXe, non seulement parce que c'est la limite chronologique du Louvre, mais aussi parce que les questionnements, les médias changent, qu'il y a des acculturations un peu partout. Nous distinguons Islam, avec un grand I – la culture, la civilisation – , qui a pour adjectif islamique, et islam, avec un petit i – la religion, avec pour adjectif musulman.

Même si cela ne concerne pas votre champ chronologique, avez-vous un regard sur le travail des artistes contemporains issus du monde islamique ?

Nous n'avons pas de collections contemporaines, mais il y a une programmation art contemporain autour de l'ouverture du département. C'est plus pour avoir leur regard à eux sur cette question. Il y aura par exemple en janvier une exposition de Walid Raad, artiste libanais qui travaille beaucoup sur la mémoire et l'histoire, ou Yto Barrada, photographe marocaine.

Pensez-vous qu'il est important pour le public français aujourd'hui de mieux connaître l'Islam ?

Oui c'est très important, pour un musée universel comme le Louvre, d'inclure cette civilisation dans son parcours. C'est d'autant plus important dans le contexte actuel de montrer que cette civilisation n'a pas qu'un aspect religieux, souvent interprété comme fondamentaliste. D'en montrer la richesse et la pluralité.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

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