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MOBA, un musée pour l’art « mauvais »

Alice Poujol 4 septembre 2012

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Le Museum of Bad Art (MOBA), dans le Massachusetts, propose de faire découvrir au public l’art « trop mauvais pour être ignoré ». Portrait d’un musée dédié au second degré.

Créé en 1994 par un groupe d’amis qui collectionnent des œuvres improbables sauvées des vide-ordures ou des vide-greniers, le MOBA est situé à l’origine dans le sous-sol d’une maison particulière. L’affaire prend ensuite des proportions inattendues : une galerie ouvre dans le sous-sol du théâtre communautaire de Dedham (Massachusetts), juste à côté des toilettes des messieurs, puis les œuvres voyagent à travers les Etats-Unis et deux autres lieux d’exposition ouvrent dans les villes voisines de Brookline et Somerville. Les médias et les universitaires s’intéressent au phénomène. Ce qui était au départ une blague entre amis devient une institution (presque) sérieuse.

 La toile qui a incité les fondateurs du MOBA à commencer une collection. Anonyme, Lucy in the Fields with flowers, vers 1969-1970 © MOBA [GFDL], via Wikimedia Commons.

Le MOBA est à l’art ce que Nanarland est au cinéma : un temple du kitsch et du sarcasme. Il se nourrit des ratages et des maladresses qui transforment les meilleures intentions du monde en objets de moquerie. Le musée sélectionne ses œuvres selon des critères précis : l’art mauvais n’a d’intérêt que parce qu’il aurait pu être réussi. On y trouve des sujets improbables (comme ce vieux monsieur assis sur un pot ou cette femme chevauchant un homard), des couleurs criardes (ainsi cet étrange personnage bleu) ou des proportions incongrues (voir cette copie de la Joconde).

Sarah Irani, Mama and Babe, date inconnue © MOBA.

Selon un principe que le professeur d’Harvard Jason Kaufman a nommé « annoyism » ou « dérangisme », il s’agit moins de railler les artistes que la critique d’art en général. Ainsi l’émouvant portrait de famille ci-dessus, donné par l’artiste Sarah Irani elle-même, est-il commenté par le musée :

Les tons de la chair rappellent les meilleures liqueurs d’un bistro d’aire d’autoroute. En accentuant de façon stupéfiante l’ossature du visage, l’artiste flirte avec la caricature et capte les traits de la mère – qui nous rappellent ceux d’une ancienne Première Dame. La posture rigide de l’enfant évoque celle d’une marionnette et renvoie aux liens précoces entre la mère et l’enfant, aussi bien formels que familiers. Le bon vieil amour des parents est au centre de cette célébration de la couleur et du contour.

Attribué à Pangorda, In the Cat’s Mouth, date inconnue © MOBA.

La stratégie de communication du musée repose entièrement sur ce type d’humour. Un catalogue a même été édité pour réunir les « chefs d’œuvre » du MOBA.  Les responsables du musée défendent leur collection en affirmant qu’elle offre une vision plus décomplexée de l’art tout en rendant hommage à l’inépuisable enthousiasme des artistes.

 

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