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Mars en photo, du fantasme à la réalité

Magali Lesauvage 24 août 2012

Depuis les débuts de la photographie, les objectifs sont braqués sur l'espace et les planètes du système solaire, produisant des images qui fascinent l'homme. Ce dont témoignent une nouvelle fois les photographies récemment envoyées par le rover Curiosity de la NASA. 

Depuis quelques jours, les photographies prises par le rover (ou astromobile) Curiosity envoyé par la mission Mars Science Laboratory (MSL) de la NASA enflamment l'imagination des cerveaux terrestres. Les premières images de Mars ne datent pourtant pas d'aujourd'hui – mais plus exactement du 14 juillet 1965, lorsque la sonde spatiale américaine Mariner 4 fournit une vingtaine d'images de la surface vérolée de la planète rouge. Un océan de cratères apparaît alors au yeux du monde, sans relief, évoquant vaguement la surface de la lune, observée par l'homme depuis la nuit des temps.

Il faudra attendre 1971 (et la mission Mariner 9), pour se rendre compte que Mars possède ses paysages propres. Elle est en effet animée de canyons, de vallées et de montagnes – dont la plus haute du système solaire, Olympus Mons, culminant à 21 229 mètres – mais pas de mers (l'eau n'existe pas sous forme liquide sur Mars, mais seulement de glace, dans le sous-sol, ou de vapeur).

© NASA/JPL-Caltech/MSSS.

Cette photographie a été prise le 8 août dernier par Curiosity et fait partie d'une mosaïque d'images haute résolution obtenue grâce à une Mast Camera (un ensemble de deux appareils grand angle fixé sur un mât à deux mètres du sol). Les couleurs ont été modifiées afin de permettre de distinguer les diverses roches – l'image originale est beaucoup plus rouge, en raison de la présence de poussière d'oxyde de fer dans l'atmosphère martienne.

Vu en raccourci, le relief de la planète est aplati. La vue panoramique est dépourvue d'horizon, les diverses couches de sable superposent leurs nuances diverses. Nous sommes ici au centre du cratère Gale (diamètre 155 km), non loin de régions aux noms enchanteurs – Elysium Planitia, Terra Cimmeria, Aeolis Mensae...

Cette photo a été prise par un robot, sans recherche esthétique ni volonté de plaire, mais comme témoignage scientifique. C'est une photo de paysage objective, sans mise en scène ni ordre de composition. Comparable à des photographies de déserts terrestres, elle n'est pas sans beauté, mais n'a pas d'originalité, pas de punctum (cet élément surprenant évoqué par Roland Barthes dans La Chambre claire, et qui fait qu'une image marque l'esprit du spectateur). Point de petit bonhomme vert, d'extraordinaire cité futuriste, ni même d'accident géologique remarquable... Las, l'image est déceptive. Rien ici qui ne soit aussi visible en certains lieux terrestres : Mars ressemble désespérément à la Terre, malgré l'absence d'eau et de vie. Ce qu'elle nous montre, fondamentalement, c'est le vide, le rien.

Et pourtant, la photographie de Curiosity fascine. Car elle permet à l'homme (voire à l'humanité) de dire, paraphrasant le « Ça a été » de Barthes (encore) : « J'y étais » – même si le je est ici un ersatz. Plus que le témoignage d'une réalité qu'aucun humain, pour l'instant, n'a pu voir à l'œil nu, la photo de Mars objective une capacité technologique d'ubiquité défiant les rêves les plus anciens et intenses de l'homme. Défi conceptuel, elle concilie  fantasme et réalité.

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