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5Pointz : le Street Art perd son temple

Magali Lesauvage 22 août 2012

Temple historique du tag à l'air libre, 5Pointz, à New York, est voué à une fin prochaine. Consacré par le marché de l'art, le Street Art outdoors vit pourtant des temps difficiles. Hors ses murs, le tag n'est plus hors-la-loi. Y perd-il sa raison d'être ?

Quarante après sa naissance dans le Bronx, sous les bombes de jeunes délinquants d'origine portoricaine et afro-américaine, le Street Art reste une forme d'expression difficile à définir. Plastiquement, il ne répond pas à des critères précis, et va du lettrage plus ou moins lisible à la représentation figurative, du all over nuancé à la sculpture urbaine éphémère.

Comme son nom l'indique, le Street Art est l'art de la rue. Mais dès son plus jeune âge – soit à partir du début des années 1980 –, il appâte les galeristes, et rapidement certains graffitistes, autrefois condamnés pour leur art (voire tués, notamment dans les tunnels du métro new-yorkais où ils débutèrent), deviennent des stars du marché de l'art.

 

5Pointz, New York, novembre 2010 © Eco84/WikimediaCommons.

Plus qu'un art plastique, le Street Art est un art performatif. Une attitude, un mode de vie, une éruption de rébellion matérialisée en un instant. Objectivé par le marché de l'art, mis sous cloche dans une galerie ou un musée, il perd de son éphémère arôme de transgression pour gentiment encanailler un intérieur bourgeois ou un restaurant branché. Plus qu'aucun autre, cet art de l'in situ se vide de sa substance dès l'instant où il est déplacé hors contexte.

Il est pourtant des lieux où des œuvres de Street Art sont conservées, sans pour autant perdre de leur fraîcheur. C'était jusqu'à présent le cas d'un lieu historique à New York, 5Pointz, usine désaffectée du Queens, dont les graffeurs avaient depuis une vingtaine d'années la liberté de s'approprier les murs. Cet ensemble de 20.000 m² – qui accueille aussi ses marchands du temple proposant une multitude de produits dérivés (casquettes, mugs, affiches) – va bientôt être transformé en immeubles d'habitation de luxe (deux tours de 47 étages chacune avec salles de sport, piscine, etc., et une vue imprenable sur Manhattan). La démolition de 5Pointz devrait avoir lieu à l'été 2013 (certains murs seront conservés dans une zone piétonne).

On trouve un équivalent de 5Pointz à Paris avec le Mausolée, ancien supermarché de 40 000 m² situé aux portes de la capitale et livré aux tagueurs par deux artistes, Lek et Sowat. Une aventure éphémère de deux ans qui s'est achevée récemment par l'expulsion des graffeurs, mais survit grâce à un livre de photos, Mausolée - Résidence artistique sauvage, publié aux éditions Alternatives, et une vidéo :

Peut-on pour autant songer à « légaliser » les tags afin que survive le Street Art outdoors ? De vastes opérations dûment encadrées d'art dans la rue, comme celles orchestrées par le Français JR (en collaboration avec ses galeristes), ont-elles encore quelque chose à voir avec l'acte de « faire le mur », et la notion inhérente de clandestinité ? La grande star du Street Art, le Bristolien Banksy, demeure dans l'anonymat et continue à jouer au chat et à la souris avec les autorités. Des principes d'action qui répondent à la règle de trois du Street Art : hors-la-loi, hors limites, hors-les-murs.

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