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« Le flash ne présente qu’un risque minime pour les œuvres »

Alice Poujol 21 août 2012

Jean-Jacques Ezrati, spécialiste de l’éclairage d’œuvre d’art, a accepté de répondre à nos questions au sujet de l’interdiction de la photographie au flash dans certains musées de France. Une pratique qui fait débat actuellement et s’avère plus gênante pour les autres visiteurs que pour la conservation des œuvres.

Jean-Jacques Ezrati, éclairagiste-conseil, a travaillé à la Direction des musées de France et au C2RMF sur des questions de conservation et de prévention, mais aussi de mise en lumière des œuvres d’art. Il a récemment fourni son expertise scientifique à l’occasion de deux tables rondes évoquant l'éventuelle interdiction de la pratique photographique dans les musées. Interdiction contre laquelle se sont engagées diverses associations comme Wikimédia France, la Fédération française des Sociétés d’Amis de Musées, OrsayCommons, ainsi que le site Louvrepourtous.fr.

Une photographe amateure au musée d’Orsay © www.bridgeandtunnelclub.com

[exponaute] Quels sont les risques réels de la photographie au flash sur les œuvres d’art ? 

[Jean-Jacques Ezrati] C’est la question que tout le monde se pose en ce moment. L’objectif des séminaires organisés par le ministère de la Culture est d’établir une réflexion et un échange avec les associations de visiteurs pour trouver une solution au problème de la photographie dans les musées. La fonction d’un « établissement au service de la société et de son développement », comme le dit la Direction des musées de France, c’est de satisfaire le public dans sa légitimité, mais pas à n’importe quel prix.

Le visiteur photographe pose différents types de problèmes. La conservation des œuvres n’en est pas un. Plusieurs études le prouvent, dont l’une effectuée en France, en 1996. Le flash du visiteur lambda ne présente pratiquement aucun risque pour l’œuvre. En tant que professionnels, nous travaillons avec des flashs qui sont vingt fois plus puissants que ceux du visiteur, sans vitre et même souvent après un allègement du vernis de protection. J’ai rédigé à ce sujet une fiche technique en 1998. En conclusion, j’ai indiqué que le flash ne présentait qu’un risque minime pour l’œuvre aussi bien au niveau thermique que photochimique. J’ai ajouté qu’il était préférable à l’utilisation des lampes halogènes pratiquée auparavant. Ces lampes, par la chaleur qu'elles dégagent, peuvent faire varier la température à la surface de l’œuvre. En ce qui concerne les flashs des photographes amateurs, il faut les interdire, non pour des raisons de conservation, mais par respect des autres visiteurs.

Le musée du Louvre autorise la photographie au flash, pensez-vous qu’il faille généraliser cette pratique ?

À mon sens, ce n’est pas une bonne politique. Il faut prévenir le photographe amateur de la gêne qu’il occasionne. Le Louvre a sans doute baissé les bras pour ne pas être constamment astreint de rappeler à l’ordre les visiteurs. Les éclairs empêchent le visiteur qui vient simplement contempler les œuvres d’en profiter pleinement. Aujourd’hui les appareils que nous utilisons sont de plus en plus performants. Un amateur peut prendre de bonnes photographies sans flash.

Un autre problème est apparu avec les nouvelles générations d’appareils numériques et de téléphones portables : c’est l’autofocus, qui utilise un laser pour calculer la distance avec l’objet photographié. Ces petits points rouges qui apparaissent sur le tableau empêchent de regarder l’œuvre sereinement. Il faudrait expliquer à chaque visiteur comment désactiver cette fonction. Vous imaginez le problème que ça pose pour le personnel du musée…

Certains lieux culturels comme le musée d’Orsay invoquent la sécurité des œuvres pour interdire l’usage des caméras et des appareils dans les musées. Qu’est-ce qui justifie, selon vous, cette crainte ?

Encore une fois, le danger c’est la gêne - sauf dans des cas très particuliers où certaines personnes mal intentionnées viennent photographier les issues de secours ou les systèmes de sécurité pour commettre une effraction... Orsay a été très critiqué pour cette mesure, mais ce qu’il faut signaler, c’est que ça a été l’un des premiers musées à mettre ses bases de données à disposition du public.

Ce que l’on doit exiger en tant que visiteur c’est de pouvoir se procurer des reproductions des œuvres présentes dans les collections publiques gratuitement ou pour quelques centimes d’euros. En revanche, il faudrait que les étudiants et les chercheurs qui veulent photographier l’ambiance de l’exposition, le bâtiment ou la scénographie puissent bénéficier d’autorisations spéciales, sans flash et sans autofocus, bien entendu…

Propos recueillis par Alice Poujol.

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