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Demain soi...

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JO de Londres : le corps, une passion anglaise

Magali Lesauvage 26 juillet 2012

A l'occasion des Jeux Olympiques de Londres, une programmation artistique pointue place le corps au cœur de l'événement. La notion convergente de performance y réunit art et sport. 

Demain soir, à 20h30 heure française, a lieu à l'Olympic Stadium de Londres, non loin de la tour ArcelorMittal dessinée par Anish Kapoor, la cérémonie d'ouverture des 30e Jeux Olympiques modernes. Orchestré par le réalisateur Danny Boyle (auteur notamment de Trainspotting et Slumdog Millionnaire), le spectacle, tenu secret, sera « intime », et devrait raconter « l'histoire du Royaume-Uni à travers de vrais gens » (voir les détails ayant déjà fuité dans la presse). La reine d'Angleterre y verra défiler, outre ceux-ci, les grandes figures, réelles ou fictives, de la britannité : James Bond (sous les muscles de Daniel Craig), Mary Poppins, Paul McCartney, Harry Potter, etc., tandis que le stade prendra l'aspect charmant de la campagne anglaise...

Un show qui ne devrait rien avoir à envier aux musicals du West End londonien. Mais la culture à l'anglaise ne saurait se réduire à Mamma Mia ou Billy Elliot. Alors que pendant deux semaines les athlètes exposeront au monde entier leurs corps longuement préparés, le London Festival 2012 invite les milliers de spectateurs venus admirer leurs efforts à expérimenter l'art live.

ArcelorMittal Orbit, tour dessinée par Anish Kapoor © Cmglee/Wikimedia Commons.

Olympiade culturelle

Le rapport entre sport et art n'était pas compliqué à trouver. Le corps, passion anglaise de l'été, est au cœur des préoccupations artistiques de nombreux plasticiens actuels – sans compter évidemment les chorégraphes, musiciens, et cinéastes également invités. La programmation du festival, concoctée par Ruth McKenzie, directrice de cette « Olympiade culturelle », est centrée autour de la performance et de l'art en action. Le coup d'envoi a lieu demain matin, 27 juillet, avec une impressionnante performance participative de l'artiste Martin Creed : à 8h42 pétantes, toutes les cloches du royaume vont sonner de concert pendant trois minutes... Manière de placer toute la nation dans les starting blocks.

The Tanks, Tate Modern, Londres © Geoff Pugh.

Plutôt que de bâtir des monuments aux athlètes connus, ou de commander des œuvres pérennes sur le thème (risqué) du sport, le London Festival a choisi l'éphémère, l'œuvre marquée dans le temps. La contingence des corps sportifs fait écho aux aléas de la performance, du happening, de l'event. La Tate Modern, avant-poste de l'art contemporain, fait place au live, avec une série consacrée à « l'art en action ». Pendant quinze semaines (jusqu'à fin octobre), des dizaines d'artistes (de Tania Bruguera à Boris Charmatz, en passant par Anthony McCall ou Yvonne Rainer) vont se succéder dans les Tanks, anciens réservoirs réaménagés dans un style littéralement brut de décoffrage par Herzog & de Meuron (auteurs de l'extension de la Tate, mise en pause faute de moyens). Entre spectacle vivant et performance, l'artiste Tino Sehgal convie quant à lui le public à entrer en conversation avec des intervenants dans le Turbine Hall de la Tate Modern.

Au contact

Titien, Diane et Actéon, 1556-59 © The National Gallery, Londres.

Mark Wallinger, Diana, 2012 © The artist, courtesy Anthony Reynolds Gallery.

Les corps se télescopent aussi dans l'expo Metamorphosis à la National Gallery : trois somptueux tableaux du Titien relatant le mythe de Diane et Actéon (celui dans lequel la déesse chasseresse, surprise au bain, change le jeune indiscret en cerf, par la suite déchiré par ses propres chiens) ont inspiré trois artistes contemporains – Chris Ofili, Conrad Shawcross et Mark Wallinger. Ce dernier ose l'œuvre vivante, en installant une jeune femme dans une salle de bains dont on n'aperçoit l'intérieur que par fragments. Balayant l'histoire des arts, de la peinture aux arts vivants, des innombrables Nus au bain à l'Etant donnés de Marcel Duchamp, la Diane contemporaine de Mark Wallinger impose au spectateur le statut de voyeur, coupable malgré lui.

Multipliant les manifestations éphémères (voir la liste complète ici) – le stencil de Banksy, hors programme, est voué lui aussi à disparaître – Londres mise cet été sur l'effort collectif, l'expérience fugace, la représentation spectaculaire. Vive le sport ! Et l'art.

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