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Rodin dans les marbres mouvants

Magali Lesauvage 20 juillet 2012

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L’exposition Rodin, la chair, le marbre, au musée Rodin, évoque l’usage que l’artiste fit de cette roche, matériau privilégié des sculpteurs, (é)mouvant et pas si insensible que cela… 

Effusivité

Auguste Rodin, Le Baiser, 1898. Copyright : Musée Rodin © Christian Baraja.

La sensation de froid que l’on ressent lorsque l’on touche du marbre viendrait, apprend-on en consultant les notices scientifiques, de sa forte « effusivité thermique », c’est-à-dire de son importante «  capacité à absorber (ou restituer) plus ou moins rapidement un apport de chaleur ». Autrement dit, le marbre est une roche ultra-sensible à l’environnement extérieur. Jusqu’au XVIIIe siècle, on le pensait même vivant, capable de combler les carrières…

Pas étonnant que depuis des millénaires il soit, malgré sa dureté, privilégié par les sculpteurs pour rendre la palpitation de la chair, la finesse de la peau, la douceur d’un drapé. Effusif, le marbre fut le matériau de prédilection utilisé par Rodin pour représenter l’effusion des corps, comme dans l’entrelacement torse du Baiser.

Métamorphisme

Auguste Rodin, Fugit Amor, 1891. Copyright : Musée Rodin © Christian Baraja.

Issu du calcaire, le marbre est une roche métamorphique, transformée au gré de pressions, de changements de températures, de l’action d’autres roches, etc. Ni sédiment, ni magma, c’est un matériau en processus de variation continue – rien n’est donc éternellement « gravé dans le marbre » ! Chez Rodin, le métamorphique permet de figurer les métamorphoses : comme chez son illustre prédécesseur Le Bernin (voir son Apollon et Daphné), le sculpteur rend les passions par la représentation de corps transitoires – ainsi dans les corps en fuite du Fugit Amor.

Érosion

Auguste Rodin, Psyché et l’Amour, 1907-1908. Copyright : Musée Rodin © Christian Baraja.

Éros et érosion n’ont pas la même racine, mais on retrouve chez Rodin, unis dans la pierre, le dieu de l’Amour et le phénomène géologique. Pratiquant le non finito, qu’il emprunte notamment à Michel-Ange, l’artiste laisse autour de certaines de ses sculptures une gangue de marbre, d’où la figure émerge comme en éveil. Cette esthétique de l’inachèvement volontaire et du refus du lisse au profit d’un aspect rugueux exprime la lutte entre esprit et matière, conscience et inconscient, fini et in-fini. On la retrouve dans l’enchevêtrement intense de Psyché et l’Amour, unis dans un nuage de pierre.

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Exposition terminée
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