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Adrien Missika, aller-retour vers le futur

Magali Lesauvage 12 juillet 2012

Lauréat du Prix Fondation d'entreprise Ricard 2011, le jeune artiste Adrien Missika présente tout l'été son film Dome au centre Pompidou. Une œuvre méditative sur la forme et le souvenir, l'expérience et le ressenti.

Adrien Missika, Dome, 2011, film super 8 transféré en DVD. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Crone, Berlin.

La caméra frôle l'intérieur d'un bâtiment circulaire décrépi, glisse le long de hautes tiges métalliques, subit l'éblouissement de vifs rais de lumière, tourne, tourne, tourne... Nous sommes dans une architecture rétro-futuriste, celle qui fascine une partie de la génération d'Adrien Missika – les Raphaël Zarka, Loris Gréaud, Louidgi Beltrame – un lieu désolé autrefois promis à la gloire. Bienvenue dans les ruines de l'auditorium dessiné par Oscar Niemeyer à Tripoli (Liban), dont la construction, débutée en 1963, fut interrompue par la guerre, en 1974. Incluse dans un vaste complexe destiné à accueillir une Foire internationale permanente, la structure inachevée en forme de dôme évoque, de l'extérieur, le siège du Parti communiste construit à Paris par l'architecte brésilien : une forme simple, organique, surgissant timidement de terre.

S'y balade avec insolence un jeune homme gravissant les pentes du dôme, rôdant, méditant, « habitant » le lieu. C'est le musicien Victor Tricard (membre du groupe Paris Suit Yourself), qui a enregistré les sons de cet environnement – vent dans les arbres, bruits des pas du flâneur ou de la route proche. L'auditorium de Niemeyer, dont la forme elle-même évoque celle d'un instrument de musique, agit comme une caisse de résonance démesurée, tandis que la technique de captation d'images – du film Super 8 transféré au format numérique – assure l'aller-retour vers le futur.

Adrien Missika, série Standing Waves, 2011. Courtesy de l'artiste et Galerie Crone, Berlin.

Primitivisme

Présenté au sein des collections permanentes du musée national d'Art moderne – au 4e étage du centre Pompidou, salle 18, jusqu'au 3 septembre – le film Dome (2011) a été offert au musée par la Fondation d'entreprise Ricard. Artiste « émergent », Adrien Missika est né en 1981 à Paris, a fait ses études à l'Ecal (Ecole cantonale d'art de Lausanne), co-fondé un espace d'exposition (1m3, à Lausanne), est représenté par la Galerie Crone, à Berlin, où il vit et travaille, et a reçu l'an passé le « Ricard ». Un parcours international sans faute.

Repéré en 2009 dans l'un des Modules du Palais de Tokyo, Missika filme et documente les ruines contemporaines (série Space Between, 2007-2009), biffe de larges aplats des photographies de vagues colorées (série Standing Waves, 2011), encadre sagement de hauts palmiers hollywoodiens (série A Dying Generation, 2010). On est là dans la mélancolie douce d'un vintage doré, la célébration affectueuse d'un passé plus ou moins glorieux, d'un exotisme de série télé à la Miami Vice. Une iconographie discrètement 80's, celle des posters qui ornaient les chambres des ados d'alors.

Adrien Missika, Série A Dying Generation, 2010. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Crone, Berlin.

Un peu trop joliment nostalgique, le travail d'Adrien Missika ? Le jeune artiste a pourtant déjà fait preuve d'une maturité certaine dans plusieurs projets, dont l'un, la vidéo Darvaza (2011), nous avait ébloui lors de la visite de l'exposition Le Silence, une fiction, organisée par le Nouveau Musée national de Monaco à la Villa Paloma, début 2012. Cratère de feu filmé à ras du sol dans le désert du Turkmenistan, Darvaza fait écho à Dome comme réflexion plastique sur la forme simple et primitive du cercle. Un cercle de feu dont on attend confusément qu'il délivre une vérité primordiale, tel l'oracle de la pythie, Darvaza est l'équivalent « naturel » du dôme de Niemeyer bruissant de mille sons indistincts.

De l'architecture naturelle à l'architecture humaine, le travail d'Adrien Missika se tient entre ces deux éternels pôles de l'inspiration artistique, nature et culture. Il fait appel à nos sensations immédiates, confrontées aux éléments, aux formes et aux souvenirs premiers. « Synthétiser le rapport entre l’attente et le ressenti », dit-il. Autrement dit, du passé vers le présent, retranscrire l'expérience du visible dans un instantané qui fait œuvre.

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