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Gallery of Lost Art : la Tate dédie un mémorial virtuel aux œuvres perdues

Alice Poujol 11 juillet 2012

La Tate de Londres (avec la commissaire d’exposition Jennifer Mundy et en partenariat avec Channel 4) lance la Gallery of Lost Art, une exposition en ligne consacrée aux œuvres d’art disparues. Une enquête passionnante que l’on parcourt en glissant d’une œuvre à l’autre. 

L’interface de la Gallery of Lost Art (designée par l’agence ISO) évoque un entrepôt ou un parking vu de haut. Des silhouettes figées semblent s’affairer autour de tables chargées de documents. Chaque table rassemble, à la manière d’une enquête policière, les traces d’une œuvre disparue : photographies, croquis, coupures de presse, archives audio ou vidéo. Chaque pièce à conviction est accompagnée d’une explication et un long article d’analyse permet d’avoir une vue d’ensemble de l’œuvre, de sa conception à sa disparition.

Au sol, des marquages et des mots classifient les œuvres selon leur mode de disparition : missing (manquante), ephemeral (périssable), transient (éphémère, transitoire), erased (effacée), attacked (vandalisée), destroyed (détruite), discarded (jetée), unrealised (non réalisée), rejected (refusée) et stolen (volée).

Ainsi la sculpture d’Otto Freundlich intitulée Large Head, montrée à Munich en 1937 dans le cadre de l’exposition L’Art dégénéré et sans doute détruite par les Nazis, est-elle considérée comme attacked. Le costume de Joseph Beuys (Felt Suit, 1970), lui, fut dévoré par des mites (il est classé comme ephemeral). La Fontaine de Duchamp, elle, est discarded. Les futurs ajouts sont annoncés dans des cases portant la mention To be released.

Tinguely, ou la disparition comme performance

L’une des œuvres les plus marquantes de cette exposition en ligne est l’Hommage à New York de Jean Tinguely. Le Suisse décide de faire de la précarité de l’œuvre d’art une propriété essentielle de sa sculpture-machine, programmée pour s’autodétruire (une œuvre transient, donc). Il  l’actionne pour la première fois le soir du 17 mars 1960, dans le jardin du MoMA. La performance ne se passe pas exactement comme prévu et la sculpture prend feu...

La Gallery of Lost Art retrace la création de l'œuvre à travers les croquis préparatoires de l’artiste et les photographies de sa construction, ainsi que les polaroïds pris durant la performance. La captation vidéo réalisée par le cinéaste et artiste Robert Breer (introuvable sur internet) est également disponible. Autres témoignages : les morceaux de papiers distribués par Tinguely en souvenir de la pièce, un compte-rendu paru dans le Press Courier du 18 mars, et une interview vidéo de la critique Dore Ashton qui a assisté à la destruction inachevée. On peut également voir les fragments restants de l’œuvre, aujourd’hui exposés au MoMA, ainsi que le travail de Michael Landy, qui a tenté en vain de reconstituer celle de Tinguely – la succession du sculpteur ne lui a jamais permis de la mettre en marche.

The Gallery of Lost Art est un mémorial interactif, beau et bien pensé, qui transforme chaque disparition en épopée poétique. Il est d’ailleurs lui aussi programmé pour disparaître. Plus que 356 jours avant qu’il ne devienne, à son tour, lost.

 

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