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Restaurer Léonard de Vinci : « une pratique très subjective »

Magali Lesauvage 28 juin 2012

Le 20 juin dernier avait lieu à l'Institut national d'histoire de l'art une journée « Restaurer Léonard de Vinci », rassemblant restaurateurs et conservateurs européens. À cette occasion, nous avons rencontré Béatrice Sarrazin, chef du département restauration du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), où a eu lieu la restauration de la Sainte Anne du Louvre.

[exponaute] Divers musées et lieux patrimoniaux dans le monde restaurent actuellement « leur » Léonard de Vinci, notamment le Louvre, qui vient de faire restaurer la Sainte Anne, à laquelle il a consacré une exposition. Pourquoi une telle actualité ?

[Béatrice Sarrazin] En effet, ont été récemment restaurées la Ginevra de' Benci de la National Gallery de Washington, la Madone à l'œillet de l'Alte Pinakothek de Munich, L'Annonciation du musée des Offices de Florence, et la Vierge aux rochers de la National Gallery de Londres, tandis que l'intervention sur d'autres œuvres est en cours d'étude, comme la Sala delle Asse du Castello Sforzesco de Milan, ou L'Adoration des Mages inachevée des Offices.

Léonard de Vinci, La Cène, vue générale après restauration © Archivio Pinin Brambilla.

La restauration de la Sainte Anne du Louvre est un choix de Vincent Pomarède, directeur du département des Peintures. Mais dans la Grande Galerie se trouvent un certain nombre d'oeuvres de Léonard, dont certaines qui pourraient aussi être restaurées ! La Joconde, cas à part, est dans un excellent état de conservation – son vernis est un peu jaune, mais ça n'est pas prioritaire. D'autres, comme le Saint Jean-Baptiste ou La Vierge aux rochers, pourraient l'être...

Pourquoi, plus de quinze ans après que l'idée de restaurer la Sainte Anne ait été soulevée, puis abandonnée, restaurer le tableau aujourd'hui ?

En 1994, il y avait eu un comité scientifique qui s'était réuni, mais on avait alors avancé le principe de précaution, et renoncé. Les techniques de restauration ont depuis beaucoup évolué, c'est la raison pour laquelle a été lancée cette opération. La décision finale revient au directeur des Peintures, qui s'appuie sur un collège d'experts internationaux.

Léonard de Vinci, détail de la bouche de Sainte Anne avant restauration © C2RMF / Joel Requille .

L'allègement des vernis fut la question centrale de cette restauration. Apparaît alors la notion de « patine du temps » : comment le restaurateur doit-il en tenir compte ?

C'est en effet LA grande question de la restauration, c'est très subjectif... On appuie notre discours sur une méthode scientifique de plus en plus précise. Mais il faut tenir compte de la part subjective du restaurateur et de ceux qui sont habitués à regarder l'œuvre d'une certaine manière – le public, mais aussi le spécialiste, qui peut en avoir une idée particulière, parfois différente de celle de ses confrères. En France, on a une tradition, celle de laisser visible cette patine du temps, c'est-à-dire qu'on ne va pas jusqu'à la phase de dévernissage complet, on laisse un fin film de vernis.

On a dit, au sujet de la Sainte Anne, qu'il s'agissait d'une restauration plus esthétique que technique.

Il y a deux parties : conservatoire et esthétique. Il y avait des micro-soulèvements, le bois, support de l'œuvre, étant un matériau vivant, hygroscopique, qui « joue ». Il y avait aussi des trous d'envol d'insectes xylophages, que l'on avait masqués au fil du temps. L'aspect conservatoire a été déclencheur : les soulèvements étant également dus aux différentes couches de vernis qui tirent sur le bois, on a décidé de les alléger. La partie esthétique concernait plus les repeints, que l'on voit très bien en photo : on a parlé notamment de « taches de léopard » sur la robe, ou des repeints qui avaient viré et devenaient très gênants. La restauratrice Cinzia Pasquali a procédé à une réintégration, qui est comme il se doit totalement réversible.

Léonard de Vinci, Vierge à l’enfant avec Sainte Anne après restauration © C2RMF / Pierre-Yves Duval.

Les œuvres de Léonard de Vinci ont un statut particulier auprès du public, qui y est très attaché. Quand on est restaurateur, comment aborde-t-on des œuvres mythiques comme celle-ci ?

Ici il y a eu une surenchère de précautions. C'est un sujet patrimonial très fort. On a dans nos ateliers des tableaux de très grands maîtres, qui présentent des problématiques de restauration bien plus compliquées que celles de la Sainte Anne, mais pour elle on a mis plusieurs années avant d'engager l'opération. On a fait beaucoup de macro-photographies, on a repris des mesures, utilisé un moyen de mesure expérimental du vernis... Et on a médiatisé tout ce qu'on faisait.

Est-ce propre à Léonard de Vinci ?

Il y a le Caravage qui est mythique aussi... Mais il y a un rapport très fort du public à Léonard : à la National Gallery de Londres cet hiver, les gens faisaient la queue dès 5h du matin pour voir l'exposition ! Il y a une trentaine d'années, on avait une trilogie Raphaël/Léonard/Michel-Ange (on se souvient qu'il y avait eu une vive polémique lors de la restauration de la Chapelle Sixtine, dans les années 1980), ils étaient sur le même plan. Aujourd'hui, Léonard semble avoir pris un peu le dessus.

Comment communiquer sur la restauration ?

Il faut communiquer. L'exposition du Louvre sur la Sainte Anne a permis de bien décrypter le cheminement de l'artiste, de comprendre pourquoi on montrait des copies, comment avait été restauré le tableau, de voir le revers, etc. Le public adore les secrets ! On a ouvert le C2RMF pendant la Nuit des musées, mais c'est un lieu qui doit respecter des consignes de sécurité. De plus, les œuvres ne nous appartiennent pas : les montrer implique d'avoir l'autorisation du musée, d'être en petits groupes. C'est compliqué de communiquer sur la restauration. Dans un musée d'Amsterdam, on peut voir les restaurateurs travailler via une webcam. Nous avons également une réflexion concernant notre site internet – sur le modèle de ce que font la National Gallery de Londres ou le Prado à Madrid – et sur la diffusion des photographies, qui parlent d'elles-même, et très directement, au public.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

À voir également, le documentaire ARTE en partenariat avec le Louvre : Léonard de Vinci, la restauration du siècle, sélectionné au Festival international du Livre d'art et du Film (FILAF) de Perpignan. DVD disponible ici.

 

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