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Voyage à Nantes, Nuit Blanche… l’art dissipé dans la ville

Magali Lesauvage 27 juin 2012

Cet été, Nantes et sa métropole placent l'art au cœur de l'espace public. Le Voyage à Nantes et Estuaire sont l'occasion de revenir sur cette tendance récente des villes à mettre l'art à l'air libre. Quitte à ce qu'il s'évapore.

Autrefois, l'art dans la ville, c'était les monuments aux morts ornés de fleurs séchées, les arcs de triomphe célébrant les armées victorieuses, les Vierges recueillies marquant le parcours des processions dominicales. Autant dire que c'était un art assez grave, voire sinistre... Puis on a connu le 1% artistique : depuis 1951, quelques 12 000 œuvres plus ou moins réussies d'artistes plus ou moins connus réenchantent le quotidien de nos espaces communs – préau de lycée, rond-point périphérique, salle des pas-perdus de palais de justice. Aujourd'hui, l'art en plein air doit être gai, l'expérience « renversante », le paysage « transfiguré ». Le tissu urbain n'a plus à être le palimpseste de l'Histoire, mais plutôt une aire de jeux pour gymkhana esthétique.

Quentin Faucompré et Olivier Texier, Tissus urbains, Le Voyage à Nantes, 2012.

Quand Nantes s'éveille

La semaine passée, Jean-Marc Ayrault, premier ministre et (futur ex-)maire de Nantes, et Jean Blaise, directeur de la manifestation, inauguraient le Voyage à Nantes et Estuaire. Des expositions, des œuvres monumentales dans l'espace public (urbain et rural), des concerts, des croisières, des « stations gourmandes »... Pendant deux mois, la « belle endormie » s'éveille à l'art, l'étincelle enflammant l'estuaire de la Loire jusqu'à Saint-Nazaire. Toutes les forces vives de la culture nantaise sont mises à contribution, du Lieu unique aux Machines de l'île, de l'école d'architecture à la HAB galerie, du Muséum d'Histoire naturelle au musée des Beaux-Arts...

Par ailleurs de nouveaux lieux éphémères voient le jour, comme Crêpetown, drôle de décor Far West planté dans l'ancienne halle Alstom, où l'on peut déguster des galettes en écoutant de la musique live. Nantes se pare de fanions surréalistes (les Tissus urbains dessinés par Quentin Faucompré et Olivier Texier), le collectif Fichtre y dispose 1000 plateaux (de jeu, de pique-nique, de repos), tandis que l'artiste Alain Séchas disperse dans sept lieux de la ville (plus le Palais de Tokyo, à Paris) les œuvres de la collection du musée des Beaux-Arts, fermé pour travaux. Embarquant à bord d'une navette fluviale, on découvre le long de la Loire les chambres d'artistes installées au château du Pé, le Serpent d'océan de Huang Yong Ping ou encore le bestiaire de Colons arboricoles imaginé par l'artiste américaine Sarah Sze.

Daniel Buren et Patrick Bouchain, Les Anneaux, Estuaire 2007.

Le parcours du Voyage à Nantes et d'Estuaire est divers, dynamique, inépuisable – pour ne pas dire épuisant. Mis en œuvre par l'office du tourisme nantais, il vise à faire « la promotion de la destination de Nantes Métropole ». À l'instar de diverses manifestations de ce type – citons Evento, « rendez-vous artistique et urbain gratuit » à Bordeaux, Lille 3000 ou Marseille-Provence 2013 l'an prochain –, il mêle intérêt artistique et attraction touristique. Si le but affiché est de faire la promotion de la culture, les retombées financières ne sont pas négligeables (ainsi en 2009, 3 des 8 millions du budget d'Estuaire revenaient à des entreprises locales). Le coût est cependant généralement trop élevé et l'organisation trop lourde pour que ces événements soient programmés annuellement.

Nuit Blanche, l'art sans lendemain

Tel n'est pas le cas de Nuit Blanche, qui fêtera à l'automne à Paris son dixième anniversaire, et dont le succès a essaimé dans de nombreuses villes du monde. Ne durant qu'une poignée d'heures, pour un budget proportionnellement exorbitant (1,5 million d'euros en 2011), cette célébration de l'art dans la ville fait de la contemplation esthétique un moment unique et rare – bien que non privilégié, étant donné les foules qui s'y pressent. Christophe Girard, adjoint au maire chargé de la Culture, assume cette difficulté d'accès : « Il faut savoir attendre et désirer, réapprendre la patience... ».

Claude Lévêque, Mon Repos aux Tuileries, 2007, installation in situ, Jardin des Tuileries, FIAC, réactivation lors de Nuit Blanche 2010 © ADAGP Claude Lévêque. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris.

Celui qui fut « l'inventeur » de Nuit Blanche, en 2002, l'a conçue comme « un projet populaire », afin que le public se réapproprie la ville. Prenant comme contre-exemple la Fête de la Musique, qualifiée de « fête de la bière », l'adjoint affirme la nécessité d'une « autorité artistique » forte, afin que Nuit Blanche soit à la fois « exigeante et populaire ». Il faut « casser les habitudes, [...] montrer des choses que l'on peut oublier (ou pas) ».

Éphémères, les œuvres de Nuit Blanche sont de fait le contraire du monument, lié à la notion de mémoire. Elles diluent l'art dans la ville plutôt qu'elles ne l'y inscrivent, et, sauf exception, ne marquent le spectateur que le temps de leur exposition. Sur la ville, support trop « chargé » d'Histoire(s), glissent les œuvres anecdotiques et accessoires. Seules quelques unes se pérennisent et continuent à marquer le paysage et les esprits – ainsi les néons de De temps en temps de François Morellet, se reflétant dans la Loire à Nantes. La mode contemporaine de l'art urbain procède d'une démarche qui correspond bien à notre société du zapping, de la consommation jetable et recyclable. Une conception de l'art comme événement, c'est-à-dire comme « ce qui arrive ». Et puis s'en va.

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