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À Versailles, l’art en terrain sensible

Magali Lesauvage 20 juin 2012

Quatre ans après l'irruption à scandale de l'art contemporain au château de Versailles, il est temps de faire un petit bilan d'une série d'expositions plus ou moins contestées et contrastées, toujours spectaculaires, qui ne laissent jamais le public insensible. 

2012 : les sculptures chamarrées de l'artiste portugaise Joana Vasconcelos envahissent les salles dorées du château de Versailles. C'est la première fois, depuis l'instauration en 2008 par Jean-Jacques Aillagon, alors président du château, d'une invitation annuelle à un artiste contemporain, qu'une femme expose dans ce cadre prestigieux. On ne s'attendait pas à ce qu'un scandale particulier soit lié à la présentation d'un travail aux formes très baroques – collant donc parfaitement aux lieux – réalisé à partir de matériaux du quotidien (fourchettes en plastique, casseroles, laine, tissu...). Mais voilà qu'une œuvre n'aurait pas reçu l'aval des autorités versaillaises – à savoir un lustre très aristocrate composé de tampons hygiéniques.

Joana Vasconcelos, Mary Poppins, 2010, collection de l’artiste, photomontage © Château de Versailles/Peter Mallet/Courtesy Haunch of Venison, Londres.

Une expo d'art contemporain à Versailles ne peut-elle donc se faire sans scandale ? L'Américain Jeff Koons avait essuyé les plâtres en 2008. Pourtant son exposition était plutôt soft, Laurent Le Bon, son commissaire, ayant évité de montrer les œuvres les plus provocantes de l'artiste. Le choix était même particulièrement approprié à Versailles, la grandiloquence et le clinquant des Balloons seyant parfaitement aux ors des salons d'apparat, la candeur du Split Rocker s'adaptant idéalement à la préciosité des jardins de Le Nôtre. La manifestation avait pourtant choqué certains défenseurs locaux du patrimoine.

Après l'apaisement en 2009, avec une expo très sage du Français Xavier Veilhan, nouvelle polémique l'année suivante avec le bestiaire manga du Japonais Takashi Murakami – à noter que pour les contempteurs de l'art contemporain à Versailles, la nationalité étrangère de l'artiste invité dans l'ancien palais du roi de France n'est pas un avantage. Cette fois-ci, ce fut le prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme qui mena une action en justice contre la direction de l'établissement public, pour « le respect du château et des ancêtres » (en l'occurrence les siens, le prince étant un descendant de Louis XIV lui-même), appuyé par la très active Coordination Défense de Versailles. Celle-ci revenait à la charge en 2011 pour déplorer la présence dans les jardins et la cour d'honneur du château, des « ferrailles rouillées » de Bernar Venet, artiste qui expose partout dans le monde depuis une quarantaine d'années.

Jeff Koons, Hanging Heart, 2008, château de Versailles.

Polémiques esthétiques mises à part – Koons et Vasconcelos se coulent parfaitement dans le bronze rococo, quand la froideur de Veilhan et Venet raidit la truculence baroque –, force est de constater que l'art contemporain à Versailles est source de réactions passionnées, positives comme négatives. C'est la preuve, sans doute, que l'ancienne résidence des rois de France, joyau universel, reste un lieu de patrimoine sensible, dont l'appropriation par les artistes demeure sujette à contestations. Versailles, dont la construction étalée sur plus d'un siècle donna lieu à des affrontements esthétiques entre classicistes et baroques, néo-grecs et rococo, architectes et peintres, etc., reste le théâtre d'une tradition finalement bien française, celle de la bataille idéologique menée sur le terrain de l'art.

VASCONCELOS VERSAILLES

12/06/2012 > 30/09/2012

Château de Versailles

VERSAILLES

Depuis 2008, les espaces du Domaine de Versailles s’ouvrent à l’art contemporain. Une occasion de faire dialoguer les grands artistes d...

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