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Hollande par Depardon, la photo officielle « anormale »

Magali Lesauvage 4 juin 2012

Un portrait officiel, ça n'est pas rien. Cette photographie, que l'on affiche dans les 36 000 mairies et les écoles de France, perpétue une tradition du portrait de chef d'Etat qui remonte, au bas mot, à la Rome antique – si l'on s'en tient au portrait réaliste – voire à l'Egypte des pharaons. N'allons pas si loin et contentons-nous d'analyser cette image nouvelle de François Hollande, président de la République depuis à peine un mois, par le photographe Raymond Depardon.

© Raymond Depardon.

À présidence « normale », portraitiste de la normalité. Depuis près de cinquante ans, Raymond Depardon, photographe et documentariste, s'est fait une spécialité de représenter les réalités sociales, tout en braquant de temps à autre son objectif sur l'arène politique. Déjà, en 1974, il réalisait un documentaire sur la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing (1974, une partie de campagne, alors interdit de diffusion).

Intérieur/extérieur, un va-et-vient

La photographie de Raymond Depardon, réalisée en une demi-heure le 29 mai dans les jardins de l'Elysée (voir le making of sur lemonde.fr), se démarque de manière spectaculaire des précédents portraits officiels de présidents de la République. Si Valéry Giscard d'Estaing avait déjà choisi un photographe, Jacques Henri Lartigue, frayant avec la photo d'art, et une image dynamique – décentrage osé, drapeau gonflé par le vent, bouche entrouverte dans un demi-sourire – son successeur François Mitterrand (capté par Gisèle Freund) était revenu à l'abri du souffle de l'Histoire, dans la bibliothèque de l'Elysée, face à un livre ouvert (les Essais de Montaigne).

On revient au grand air avec la photo de Jacques Chirac (par Bettina Rheims), accusant un léger penchant vers la gauche, et posant dans les jardins du palais présidentiel – comme François Hollande (référence à leur attachement commun, revendiqué, à la « terre », en particulier celle de Corrèze ?). Puis retour à l'intérieur pour Nicolas Sarkozy (par Philippe Warrin, photographe de la Star Academy), qui en 2007 se mesurait aux drapeaux français et européen.

« Une photo simple et naturelle »

Que dire de cette photographie officielle de François Hollande ? Au premier abord, elle a tout d'une image amateur. Format carré de polaroïd, pose « non posée », quasi maladroite (bras ballants et jambes à demi-écartées du modèle évoquent un instantané pris par surprise plutôt qu'une gestuelle longuement étudiée), fond surexposé, ombre fraîche et non pas mise en lumière sacralisant le personnage. Sur le site des Inrockuptibles, Raymon Depardon raconte : « Mon idée, c’était de ne pas le faire poser, donc pas de pied pour mon appareil, et j’ai demandé à François Hollande de marcher vers moi. (…) Je ne cherchais rien d’autre qu’à sortir des photos de campagne pour en faire une simple et naturelle ».

Ses détracteurs ont souvent reproché au nouveau président de la République son manque de charisme, critique à laquelle il répondit par une « normalité » revendiquée, dont cette photo est le manifeste. Si l'on reconnaît, au loin, les drapeaux français et européen négligemment jetés sur une aile du bâtiment, l'Elysée est bien loin au fond de l'image. François Hollande semble même s'éloigner du siège du pouvoir exécutif, pour avancer vers le spectateur – c'est-à-dire le citoyen – prêt à lui serrer la main (comme il l'a beaucoup fait lors de sa campagne).

En légère plongée, le portrait de Raymond Depardon est paradoxalement « a-normal » pour une représentation de chef d'Etat. Point ici de piédestal, d'insignes de pouvoir, d'ors et de signes ostentatoires de savoir ou d'omnipotence. Le costume est même légèrement froissé, la silhouette assez frêle, le regard pas vraiment fixe, l'attitude tout sauf décidée. Le portrait de François Hollande président de la République n'a pas été taillé dans le marbre figé de l'Histoire, mais dans l'argile malléable des devenirs frémissants.

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