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Laurent Grasso, dancing in the dark

Magali Lesauvage 22 mai 2012

L'exposition Uraniborg de Laurent Grasso, au Jeu de Paume, à Paris, fait de l'image un révélateur de mystères au sombre éclat. Une (nouvelle) consécration pour l'artiste français.

Lauréat du prix Marcel Duchamp en 2008, l'artiste Laurent Grasso, 40 ans, a déjà bénéficié de plusieurs expositions personnelles dans de prestigieuses institutions françaises et internationales : Palais de Tokyo et centre Pompidou à Paris, Swiss Institute de New York, Villa Médicis à Rome, Hirshhorn Museum & Sculpture Garden à Washington. C'est au tour du Jeu de Paume, à Paris, d'accueillir ses œuvres volontiers qualifiées de « rétro-futuristes » – avant le musée d'Art contemporain de Montréal l'an prochain. Preuve que Laurent Grasso (représenté en France par la galerie Chez Valentin, Paris) fait partie du pool des artistes français les plus reconnus de cette génération de jeunes quarantenaires en plein boom (avec Mathieu Mercier, Saâdane Afif, Anri Sala, Adel Abdessemed, Bruno Peinado, Tatiana Trouvé, Kader Attia...).

Laurent Grasso, On Air, 2009, film 35 mm sur DVD Pro HD. Courtesy Galerie chez Valentin, Paris & Sean Kelly Gallery, New York © Laurent Grasso/ADAGP, Paris, 2012.

À rebours d'une certaine grandiloquence qu'on a pu lui connaître, Laurent Grasso (dont le statut de commissaire de sa propre exposition mérite d'être questionné) fait preuve ici d'associations subtiles, dans une atmosphère d'inquiétante étrangeté qui emprunte à la SF soft et au cinéma contemplatif. L'exposition Uraniborg est un labyrinthe d'images et de réminiscences qui imprime une sombre clarté dans la mémoire du spectateur.

Dans un dédale de couloirs, de rares ouvertures ménagent des angles de vue biaisés sur des objets que l'on ne saurait identifier ou dater précisément, tandis que les films égrenés ouvrent de vastes fenêtres sur un monde en mode off, voué au silence et aux toponymies propices à la rêverie : Bomarzo (commune du centre de l'Italie abritant le « parc des Monstres »), Uraniborg (château-observatoire situé sur une île entre Danemark et Suède), Carthagène, sur la côte espagnole, aux falaises constellées de bunkers.

Laurent Grasso, Studies into the past, colle animale, résine mastic, huile cuite et pigments sur panneau de bois, collection de l’artiste © Laurent Grasso/ADAGP, Paris, 2012

Passion scopique

De l'image réelle à l'image mentale, Laurent Grasso fait de l'œil l'organe souverain. Œil physique – celui qui, sous la forme d'une caméra, est placé sur le dos d'un faucon en rase-motte chaotique au-dessus d'un paysage pré-humain (On Air, 2009). Œil mental – celui, notamment, qui permit aux savants d'autrefois de dessiner des cieux qu'ils ne pouvaient encore voir, et que l'on retrouve dans divers ouvrages anciens réunis par l'artiste. À la lisière, Vertigo (2005), œuvre discrète placée au centre de l'exposition, reproduit la vison « entoptique », celle de l'intérieur de l'œil lui-même.

« Au centre mystérieux de la pensée », là même où Gauguin et les symbolistes cherchèrent la vérité, se situe souvent l'origine de l'œuvre d'art. Chez Laurent Grasso, elle provient de la combinaison savante entre regard rétrospectif sur l'histoire de l'art, intérêt pour l'iconographie scientifique et « archéologie du futur ». L'artiste partage avec ses confrères Raphaël Zarka ou Louidgi Beltrame la passion des ruines de la modernité, de cette architecture utopique passée directement du rêve au cauchemar.

Laurent Grasso, Les Oiseaux, 2008, vidéo numérique. Courtesy Galerie chez Valentin, Paris & Sean Kelly Gallery, New York © Laurent Grasso/ADAGP, Paris, 2012

Dans l'entre-deux, son œuvre accomplit un vertigineux focus entre passé et présent, réel et imaginaire, visible et invisible. Peintures réalisées « à la manière » des artistes de la Renaissance, ponctuées d'éléments futuristes (série Studies into the past), vols d'oiseaux au-dessus de Rome évoquant des champs magnétiques affolés (Les Oiseaux, 2008), ou simple néon (In Silentio, 2012), référence à une salle vaticane réservée à l'apprentissage du silence par les Gardes suisses... Laurent Grasso met en tension des réalités parallèles qui s'aimantent et déboussolent.

LAURENT GRASSO

22/05/2012 > 23/09/2012

Jeu de Paume

PARIS

Laurent Grasso a conçu son exposition au Jeu de Paume autour de préoccupations qui traversent son travail : brouiller le rapport au temps ...

exposition terminée
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