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Le mythe Kerouac déroulé au musée des Lettres et Manuscrits

Alice Poujol 18 mai 2012

Sur la route de Jack Kerouac : L'épopée, de l'écrit à l'écran au musée des Lettres et Manuscrits expose, pour la première fois en France, un document extraordinaire : le rouleau original de Sur la route. Présenté dans le cadre de la sortie de son adaptation cinématographique, produite par Francis Ford Coppola et réalisée par Walter Salles, ce tapuscrit long d’une trentaine de mètre nous permet de redécouvrir l’œuvre fondatrice de la beat generation.  

Sur la route raconte la jeunesse des années 50, son existence marginale et sa quête effrénée de plaisir et de nourriture spirituelle. Un voyage en auto-stop à travers l’Amérique peuplé de récits de beuveries, de trips sous Benzédrine, de discussions métaphysiques. D’où ce terme de beat : entre désillusion (to be beat peut signifier : être à cran) et béatitude.

Jack Kerouac et Neal Cassady photographiés par Carolyn Cassady en 1952 © Rue des Archives/RDA.

C’est l’histoire de la rencontre entre Sal Paradise, avatar de Jack Kerouac, et Dean Moriarty (de son vrai nom Neal Cassady) et de leur vie de voyage qui est aussi une quête spirituelle doublée d’aspirations littéraires.  On y croise deux autres pères de la culture beat : Allen Ginsberg (sous le surnom de Carlo Marx) et William Burroughs (qui se cache derrière le pseudonyme d’Old Bull Lee).

Jack Kerouac raconte qu’il a écrit Sur la route en quelques semaines, sous l’influence du café, en recouvrant frénétiquement une immense bande de papier de mots tapés à la machine. Il dit s’être inspiré des surréalistes en leur empruntant l’écriture automatique. Pour seules interruptions, les retours chariot. Pour seuls repentirs, quelques corrections orthographiques. Le long ruban dactylographié à toute allure évoque une course effrénée sur l’asphalte des grands axes américains. Voilà pour le mythe.

Rouleau original de Sur la route de Jack Kerouac © Christies, New York.

En réalité, ce « premier jet » découle de laborieux travaux préparatoires et de nombreuses notes réassemblées par l’auteur. Les premières ébauches de Sur la route apparaissent déjà dans la correspondance de Kerouac qui ne cesse de s’interroger sur sa pratique littéraire et sur le sens de la vie en général. On a même retrouvé tout récemment une tentative de traduction de Sur la route en joual, dialecte français canadien qui était aussi la langue maternelle de l’auteur.

Ce que le tapuscrit original représente, ce n’est donc pas une épiphanie, un brusque accès de génie, mais plutôt ce qu’a été la première version complète de Sur la route. Les personnages y apparaissent sous leurs noms réels et les situations sont beaucoup plus crues que dans la première édition de l’ouvrage. Pour être publié, Kerouac s’est livré à de nombreuses modifications, passant sous silence la relation homosexuelle entre Dean Moriarty/Neal Cassady et Carlo Marx/Allen Ginsberg, et supprimant de nombreux passages jugés trop obscènes.

Dédicace de Jack Kerouac à Bud Powell sur un exemplaire de la première édition américaine de On the road par Viking press, 1957 © Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Sur la route – même dans sa version expurgée – a profondément marqué la culture américaine. Elle a été une influence décisive pour Bob Dylan, les Doors, Hunther S. Thompson. Le rouleau est devenu un document à la fois mythique et maudit. Il n’est publié dans son intégralité qu’en 2007. Quant à son auteur, dépassé par le succès de son œuvre, il finira par prendre ses distances vis-à-vis de la culture beat au point de dire un jour : « Je ne suis pas un beatnik, je suis un catholique », avant de succomber à une cirrhose, à l’âge de 47 ans.

SUR LA ROUTE DE JACK KEROUAC

16/05/2012 > 19/08/2012

Musée des lettres et manuscrits

PARIS

« Cette route ancrée dans le sol, symbole de la vie, s’est évidemment imposée comme le fil conducteur de l’exposition. Com...

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