accéder à exponaute
Votre action a été enregistrée avec succès !
Magazine » Panoramiques

Maillages sauvages : quand le tricot investit le street art

Alice Poujol 4 mai 2012

Le festival de street art Artaq s’installe à Angers les 11, 12 et 13 mai prochains. À l’honneur cette année, une pratique venue du Texas : le yarn bombing ou street tricot. Rapiéçons ce phénomène à l’histoire de l’art.  

Parce qu’il se situe plutôt du côté du craft ─ c’est-à-dire du savoir-faire et de l’artisanat ─ le tricot, et plus généralement les arts du textile ont longtemps été écartés de l’art. Pourtant, dès 1860, l’architecte et penseur allemand Gottfried Semper considère, dans son œuvre majeure Der Stil, le tressage et le maillage comme les premières manifestations du souci esthétique dans les activités humaines.

Le mouvement Arts and Crafts, puis le Bauhaus (avec notamment Gunta Stölzl), sont les premiers à revaloriser le tissage dans une tentative de reconnecter l’art avec la vie. Il entrera plus tard dans les arts visuels avec l’arte povera et les tapisseries d’Alighiero e Boetti, puis avec le mouvement Supports/Surfaces et les toiles tressées de François Rouan.

Textile de Gunta Stölzl sur une chaise de Marcel Breuer, 1922.

Les travaux d’aiguilles s’installent progressivement dans l’art. Louise Bourgeois y voit la toile de ses fameuses araignées. Mike Kelley s’intéresse à leur aspect artisanal. Quand les artistes féministes s’emparent du tricot, c’est pour le détourner de son emploi domestique.  Rosemarie Trockel tend des mailles de laine sur ses toiles et fabrique des cagoules en jacquard, Annette Messager confectionne des pulls à des animaux empaillés.

Dave Cole, The Knitting Machine, 2005, courtesy Dodge Gallery.

Aujourd’hui, on retrouve le tricot dans la pratique d’artistes comme Theresa Honeywell et sa moto girly, Anna Maltz et ses costumes bizarres ou encore Dave Cole et ses mailles géantes. Qu’il soit utilisé comme matériau pauvre ou kitsch, comme activité compassée ou genrée, le tricot continue à questionner une certaine hiérarchie de l’art et de ses faiseurs.

Pour ce qui est du yarn bombing, le défi est de détricoter l’aura vieillot de la laine, tout en modifiant l’espace urbain.  Sa fondatrice, l’artiste texane Magda Sayeg a voulu transformer le tricot en pratique sauvage. Avec son collectif, les Knitta Please, elle a recouvert les poteaux, les arbres et les voitures de plusieurs villes du monde, bientôt suivis par les anglais de Knit the City et le Collectif France Tricot.

Patchwork réalisé par l'atelier À vos aiguilles animé par Aurélie Mathigot.

Une réappropriation douce et colorée du mobilier urbain qui sera au centre de la troisième édition du festival Artaq d’Angers. Magda Sayeg a été conviée à jouer les Christo en recouvrant de ses mailles le pont Confluences. Aurélie Mathigot, plasticienne et créatrice de mode française exécutera une performance participative le samedi 12 mai. Reprenant la tradition du tricot comme activité sociale, elle anime d’ores et déjà des ateliers dans les écoles et les maisons de retraite avec le projet À vos aiguilles. Avec le yarn bombing, le tricot devient un moyen de faire renouer les générations et s’affirme en tant que pratique artistique décomplexée.

AJOUTER UN COMMENTAIRE