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« Les Maîtres du désordre », quand la scéno tue l’expo

Magali Lesauvage 25 avril 2012

Comment une scénographie omniprésente gâche le propos d'une exposition ambitieuse ? Démonstration au musée du quai Branly, avec l'exposition Les Maîtres du désordre.

L'exposition Les Maîtres du désordre au musée du quai Branly est une démonstration brillante du talent de commissaire de Jean de Loisy, nouveau président du Palais de Tokyo. Son propos : évoquer le chamanisme, en confrontant des objets ethnographiques et des œuvres d'art contemporain. Celui qui fut le commissaire de La beauté en Avignon en 2000, ou de Traces du sacré, en 2008 au Centre Pompidou, met ici à profit son érudition pour produire une exposition complexe, osant s'immiscer dans les anfractuosités de la conscience humaine, et révélant la somptuosité d'objets fascinants. Il y est question d'intercesseurs, d'initiation, de voyages cosmiques, de « psychonautes », de métamorphoses ou encore de bacchanales, et de la manière dont les hommes tentent, d'un continent à l'autre, de contenir le chaos du monde par leurs rituels et leurs productions.

Vue de l'exposition Les Maîtres du désordre, musée du quai Branly, Paris.

Le désordre, donc, est le mot d'ordre. Une notion qu'ont bien prise en compte les scénographes de l'exposition, le duo d'architectes Jakob+MacFarlane (auxquels on doit notamment les Docks, à Paris). Ils ont, nous dit-on, « proposé un projet à partir du plus simple matériau de construction, souvent laissé inachevé et brut pour évoquer un monde d'intentions, d’idées, de positions en perpétuelle évolution ». Les structures métalliques sont maintenues par des fils et des plaques de plâtre, qui sont censées rappeler « un véritable corps organique avec le squelette, les ligaments et la peau ». L'aspect non-fini est volontaire, tout comme, on le suppose, la saleté sur les parois des vitrines.

Vue de l'exposition Les Maîtres du désordre, musée du quai Branly, Paris.

On poursuit : « Des vortex ont été installés dans la cellule centrale où l’on aperçoit des câbles électriques tombant du plafond. Ils évoquent le lien entre la terre et l’au-delà, le profane et le sacré, le sensible et l’intelligible ». Pas besoin d'aller très loin dans l'explication de texte pour comprendre que les œuvres et le propos du curateur sont totalement laissés à l'arrière-plan d'une scénographie pseudo-punk – mauvaise interprétation du style « friche industrielle » de Lacaton & Vassal tel qu'on peut le voir au Palais de Tokyo ?

Exit la beauté de tel masque d'exorciste sri-lankais, out la subtilité des dessins au crayon de Jean-Luc Verna, imperceptible la subtilité d'une statuette grotesque de l'époque romaine. Une exposition sur le désordre ? Créons donc le désordre ! Une interprétation littérale affligeante, pour un sujet et des objets qui méritaient bien mieux.

LES MAÎTRES DU DÉSORDRE

10/04/2012 > 29/07/2012

Musée du quai Branly

PARIS

Dans la plupart des cultures, des traditions mettent en scène des forces contraires qui se disputent le monde en un combat nécessaire et s...

exposition terminée
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