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Damien Hirst, du bad boy au golden boy

Magali Lesauvage 5 avril 2012

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La vie, la mort, et ce qui arrive entre les deux – à savoir le passage du temps. L’œuvre de l’artiste britannique Damien Hirst pourrait se réduire à cette équation, tout comme une bonne partie de l’art depuis quelques millénaires. C’est ce que l’on peut constater en parcourant la rétrospective organisée par la Tate Modern, à Londres, qui consacre l’ex-« Young British Artist » devenu star.
Comment se construit la réputation d’un artiste ? Comment une cote atteint-elle un tel niveau ? Quel rapport peut-on établir entre la qualité d’un travail artistique et la quantité – d’argent, de célébrité, d’écho médiatique – qu’il engendre ? Ce sont les questions que l’on se pose en sortant de l’exposition Damien Hirst, à la Tate Modern. Avec le musée londonien comme ambassade, la Grande-Bretagne célèbre son artiste à quelques semaines des Jeux olympiques, qui verront les caméras du monde entier braquées sur la capitale.
Damien Hirst, Sympathy in White Major – Absolution II, 2006 (détail) © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved. DACS 2011.Photographed by Prudence Cuming Associates.
Si Damien Hirst a débuté comme un bad boy de l’art contemporain, notamment aux côtés des « YBAs » (les Young British Artists), il est toujours resté en deçà d’un certain trash caractéristique de cette génération chaperonnée par le marchand d’art Charles Saatchi. Dans les années 1990, tandis que Tracey Emin exhibait sa vie intime dans My Bed, jonché d’objets (bouteilles vides, boîtes de médicaments, préservatifs…) témoignant d’une existence compliquée, ou que les frères Chapman montraient des sculptures d’enfants nettement sexués, Hirst plongeait un requin blanc dans du formol, déployait des batteries de médicaments dans des cabinets épurés, ou alignait ses Dots selon une grille stricte. Fun, mais pas trop…
Damien Hirst, The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living,  1991 © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved, DACS 2012. Photographed by Prudence Cuming Associates.
Le sens de la vie 
Damien Hirst, minimaliste contrarié ? Chez l’artiste, on retrouve depuis le début une tension entre le goût pour le minimalisme et la fascination pour l’organique, l’épure de la forme et l’intérêt pour la déliquescence, l’esprit et le corps. Une binarité que l’on peut réduire à l’opposition, assez simpliste, entre la mort et la vie. Les fameux animaux plongés dans le formol, notamment le requin de The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, ou la vache et le veau coupés en deux (Mother and Child Divided) en sont les manifestations majeures. Effet formel percutant et questionnement existentiel : telle est sans doute la recette du succès de Damien Hirst. C’est simple, ça parle à tout le monde, ce sont des images que l’on n’oublie pas (avez-vous déjà voyagé dans les entrailles d’un animal ?).

Damien Hirst, Beautiful, childish, expressive, tasteless, not art, over simplistic, throw away, kid’s stuff, lacking integrity, rotating, nothing but visual candy, celebrating, sensational, inarguably beautiful painting (for over the sofa), 1996 © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved. DACS 2011. Photographed by Prudence Cuming Associates.

Cet aspect binaire ressort particulièrement bien dans les salles très froides, à l’esthétique white cube, de la Tate Modern. Bien perceptible également, l’évolution de Hirst vers la sophistication et le luxe des œuvres. De l’installation In and Out of Love, qui insuffle une respiration salutaire au cœur de l’exposition (des papillons en liberté sortent de leur cocon en laissant derrière eux un dripping involontaire) aux glaçants Medicine Cabinets, de la balle de ping-pong soufflée par un sèche-cheveux (What Goes Up Must Come Down) au crâne de diamants (For the Love of God), pièce fascinante d’un raffinement extrême, l’artiste a perdu la légèreté des débuts.
Le bad boy élevé dans les rues de Leeds est aujourd’hui devenu un golden boy de classe internationale – représenté par la galerie Gagosian, il organisait en 2008 chez Sotheby’s une vente aux enchères de ses propres œuvres, totalisant environ 135 millions d’euros. Ne manquait à l’artiste star qu’un joyau à sa couronne : une exposition dans LE temple de l’art contemporain de son pays, la Tate Modern. C’est désormais chose faite.

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