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Louvre : la Sainte Anne miraculée

Alice Poujol 3 avril 2012

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Dans un parcours un peu touffu, mais qui rend bien compte du contexte et des étapes successives de sa création, le Louvre nous fait redécouvrir la Sainte Anne de Léonard de Vinci. Maculée et assombrie par l’âge et les vernis successifs, l’œuvre a bénéficié d’une cure de jouvence au C2RMF.

Quelques précisions préliminaires s’imposent. Le personnage d’Anne, mère de la Vierge, ne figure pas dans le récit biblique, mais apparaît dans les textes apocryphes. Son culte, d’abord interdit, devient très populaire dans l’Italie du XVIe siècle, et tout particulièrement dans la ville où vécut Léonard, Florence, dont elle est la sainte patronne.

En peinture, on l’appelle la « sainte Anne trinitaire » lorsqu’elle est représentée avec sa fille et son petit-fils. Ce type de représentation symbolise le sacrifice du Christ, puisque selon les écrits, Anne serait morte avant de le voir naître. Léonard s’inscrit dans cette tradition tout en y a apportant plusieurs inventions, dont l’agneau divin, qui accentue l’aspect prémonitoire de la scène.

Léonard de Vinci, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau, dit La Sainte Anne, vers 1503-1519, avant et après restauration © RMN, musée du Louvre / René-Gabriel Ojéda.

Un paysage de roches… et d’eau

À l’arrière-plan, le paysage se perd dans un lointain bleuté. Léonard ouvre une fenêtre sur le monde. De nombreuses notes et carnets témoignent de la rigueur scientifique avec laquelle Vinci peint les paysages. Pour lui, il s’agit de connaître les mécanismes de la Nature pour pouvoir les représenter à la perfection. Il étudie l’incidence de la lumière sur les feuillages des arbres au moyen de plusieurs schémas d’optique, et observe attentivement les stratifications de la pierre. La restauration du  Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) révèle la présence de nappes d’eau dans le paysage.

Une sainte à plusieurs têtes

Ce qui frappe d’abord, c’est cette figure centrale triangulaire. Elle résulte de la méthode de travail de Léonard, qui commençait par élaborer son œuvre en traçant des formes aléatoires, auxquelles il donnait progressivement figure humaine. C’est le componimento inculto.

Les corps enchevêtrés d’Anne et Marie n’en forment qu’un, prolongé par Jésus et l’agneau. La dynamique qu’il imprime à la version finale de l’œuvre déstabilise le triangle originel. Marie est assise sur le genou droit d’Anne, mais elle se penche vers la gauche. Cette étrange créature polycéphale articulée semble être sur le point de se disloquer, tandis que l’étrange pli bouffant formé par la robe de Marie contrebalance visuellement le côté gauche de la pyramide.

L’un des aspects les plus remarquables de cette œuvre tient à sa dimension narrative. Les jeux de regard et le mouvement des corps racontent des histoires différentes. Marie fixe son fils qui lui rend son regard, pour la rassurer. Anne et l’agneau s’observent mutuellement, comme par connivence. Anne semble vouloir arrêter le geste de Marie qui tente de retenir Jésus attrapant un agneau prêt à bondir.

La grâce personnifiée

Loin des représentations traditionnelles qui la mettent en scène en matrone sévère, déjà marquée par l’âge, Anne a le sourire bienveillant, adouci par le sfumato. Léonard a voulu en faire une personnification de la Grâce. L’équipe du C2RMF a ravivé son teint tout en lui laissant une légère patine.

Assise sur les genoux de sa mère, Marie lui ressemble comme une sœur. Mêmes cheveux dorés et même sourire, qui s’apparente à celui de la Joconde et de la Scapigliata. La Vierge apparaît légèrement plus petite, presque infantilisée. Plusieurs représentations antérieures de la sainte Anne trinitaire vont jusqu’à la miniaturiser. Sa pose est beaucoup plus dynamique et expressive que celle de sa mère. Le mouvement de ses bras trahit l’inquiétude : elle souhaite protéger le Christ du destin qui l’attend.

L’enfant Jésus n’est pas représenté sur les genoux de sa mère, mais à terre. Dans un geste qui paraît tout enfantin, il s’empare des oreilles de l’agneau et s’apprête à le chevaucher, les pieds enfouis dans son pelage frisé. C’est l’Agnus Dei, allégorie du sacrifice du Christ. Il embrasse son destin en même temps qu’il enlace l’animal. Mais la position est ambiguë : tout en chevauchant l’agneau, l’enfant semble vouloir lui tordre le cou. Une image étrange, qui continue à fasciner le spectateur.

LA SAINTE ANNE

29/03/2012 > 25/06/2012

Musée du Louvre

PARIS

La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne est l’une des compositions les plus ambitieuses de Léonard de Vinci. La lente et complexe ge...

Exposition terminée
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