Votre action a été enregistrée avec succès !

Publiez une expo

Magazine » Entrevues

expo_une_favori
expo_cercle_1 INSIDE

11/10/2014 > 11/01/2015

Palais de Tokyo

- PARIS

expo_cercle_2 HOKUSAI

01/10/2014 > 18/01/2015

Galeries nationales du Grand Palais - PARIS
expo_cercle_4 WILLIAM EGGLESTON

09/09/2014 > 21/12/2014

Fondation Henri Cartier-Bresson - PARIS
expo_cercle_5 GARRY WINOGRAND

14/10/2014 > 08/02/2015

Jeu de Paume - PARIS

Akatre, trois graphistes hors-format

Magali Lesauvage 2 avril 2012

Léger, aérien, fluide. Drôle, ironique, joyeux. Lumineux, coloré, incarné. L'art et les manières de faire de l'atelier de design graphique Akatre, c'est un peu tout cela à la fois. Même si le trio de designers refuse de se cantonner à un médium, un type de projet ou d'outil, il y a bien, déjà, un « style » Akatre reconnaissable. Tentative de définition.

Un triangle clos

Avant d'en arriver là, essayons de cerner Akatre par des données concrètes et quelques chiffres. En 2006, Valentin Abad, Julien Dhivert et Sébastien Riveron sortent d'une école de communication visuelle, où ils ont déjà commencé à travailler ensemble. Un an plus tard débute une résidence de création à Mains d'œuvres, lieu pluridisciplinaire situé à Saint-Ouen. Ils ont aujourd'hui autour de 30 ans. Voilà pour les dates. Leur nom, Akatre, peut évoquer un certain format de papier, mais son origine reste un mystère. Car non, ils ne sont pas quatre, mais trois.

Akatre, extrait du live de Para One & Tacteel à la Gaité Lyrique, mars 2011.

Leurs savoir-faire : graphisme, typo, photo, vidéo, objets... « On n'a pas de spécialité. Chacun sait tout faire ». Première piste (sur laquelle ils nous mènent pour mieux nous perdre) : il n'y en a pas un qui crée les caractères typo pendant que l'autre réalise les mises en scène photo, et que le troisième dessine un objet. Ils font tout, tous ensemble. Pas d'assistant, ni de stagiaire, on est ici en triangle clos, et on crée tous les outils soi-même. « On préfère que les choses soient imparfaites, mais qu'elles soient bien de nous ». Dans ce trinôme, la pensée est globale : le rapport de forces s'équilibre lorsque A sert d'arbitre entre B et C, ou que B réussit à réunir A et C autour de sa conviction. Envies et idées se conjuguent. « Une bonne idée passe toujours par la connaissance », affirment-ils, « la culture de l'image est nécessaire ».

Akatre, extrait du clip Voyager Léger de Jerôme Echenoz, février 2012.

Grâce joyeuse et système D

C'est quoi, donc, le « style Akatre » ? Auteurs de la communication visuelle de Mains d'œuvres depuis 2007, ils en ont fait un terrain d'expérimentations où les contraintes matérielles leur ont paradoxalement apporté une grande liberté. Du système D au DIY, Julien, Sébastien et Valentin se mettent alors eux-mêmes en scène dans leur atelier, utilisent du papier « pour dissimuler le bordel », et prennent ce qui leur tombe sous la main afin de « créer un univers avec les matériaux de tous les jours ». C'est ce qu'ils font lorsqu'ils réalisent un masque à partir de gants en caoutchouc, de pailles ou de bouts de scotch, ou créent un clip à partir d'objets divers juxtaposés façon surréaliste. D'où une prédilection pour le papier que beaucoup considèrent comme leur marque de fabrique.

Akatre, série de photos pour la communication annuelle de Mains d'Œuvres, Février 2010.

Autre caractéristique remarquable, la capacité d'Akatre à allier corps et objets afin de créer de véritables personnages hybrides, humains ou animaux. Les corps se perdent dans la matière, les textures et les couleurs. Impossibles à identifier, ils deviennent signes. Des tongs accumulées créent un costume de sorcier, des balles de ping-pong forment une grosse caisse, des feuilles d'artichaut composent une tunique. Il n'y a pas moins d'humour dans les caractères typographiques inventés par Akatre : l'Adorable se gonfle de renflements comme une voile au vent, la Casse est striée telle une onde sonore, la Donut rappelle la forme de la pâtisserie favorite de Homer Simpson... Le récent clip réalisé pour le morceau Voyager léger de Jérôme Echenoz (aka Tacteel) pourrait résumer la pratique d'Akatre : avec humour, on y joue avec le corps et les objets, les matières et les couleurs, les lettres et les échelles.

Akatre, Adorable, 2011

L'atelier de design graphique Akatre est aujourd'hui à un tournant de sa (jeune) carrière : une monographie (Zero to Five) prévue pour l'automne, à paraître chez l'éditeur allemand Gestalten, un catalogue d'exposition pour la Fondation Cartier pour l'art contemporain, la fin de la résidence à Mains d'œuvres (qui signifie une indépendance financière audacieuse), mais aussi une orientation créative nouvelle. À savoir plus de vidéo et de photo, et plus d'interventions live (comme en 2011 pour le DJ set de ParaOne et Tacteel à la Gaîté lyrique). Avec ces projets nécessitant des productions lourdes, ne craignent-ils pas de perdre leur grâce joyeuse ? « On veut pouvoir rester parfois hors de la commande, réaliser des projets à petit budget, qui nous permettent d'arriver à sublimer un objet malgré les contraintes ». Et continuer à voyager léger.
AJOUTER UN COMMENTAIRE