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Voyage Voyage : itinéraires d’artistes gâtés

Magali Lesauvage 27 mars 2012

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L’exposition Voyage Voyage – Un art contemporain déboussolé à la Maison de l’Amérique latine, replace l’artiste à la croisée des chemins, orientant son regard vers l’ailleurs, vers l’autre ou vers lui-même. Itinéraire d’une expo multipistes.
« Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour, voyage… » On connaît la chanson. Les artistes actuels la connaissent aussi. Jamais, dans l’histoire de l’art, n’ont-ils été si mobiles, nomades, insaisissables. D’humeur vagabonde, les créateurs d’aujourd’hui sont curieux d’autres cultures, d’expériences neuves, de contacts intacts. Partir vers l’inconnu pour mieux se retrouver soi-même : le voyage permet de nettoyer sa vision et d’enrichir son vocabulaire. Trouver un second souffle, être aspiré par d’autres inspirations.

Fernando Prats, Gran Sur, 2011. Base Antarctique Arturo Prat, Île Greenwich.

C’est aussi le thème de l’exposition Voyage Voyage – Un art contemporain déboussolé, organisée par la commissaire Albertine de Galbert à la Maison de l’Amérique latine, à Paris (à voir jusqu’au 28 avril). Plus que le voyage dans l’art, c’est l’artiste en voyageur qui est mis en avant ici. Notamment Francis Alÿs, dont la performance The Loop (1997) trace un chemin qu’empruntent d’autres artistes : auto-proclamé « touriste professionnel », il réussit à passer du Mexique aux États-Unis en contournant la frontière infranchissable entre les deux pays, via l’Amérique du Sud, l’Australie et l’Asie. Pour Shingo Yoshida, l’immersion dans la forêt amazonienne manque son but – relever le défi de la solitude et du danger pour se trouver soi-même – et se solde par la déception face à une nature indifférente (I prepared the perfect answer that you wanted, 2010).
Itinéraire mental
On trouve souvent dans le voyage ce que l’on cherchait inconsciemment… D’où, peut-être, la vogue des cartes postales, qui depuis le XIXe siècle sont les témoins distanciés d’un ailleurs si loin, si proche. Pauline Bastard en déroule les clichés dans un diaporama ironique (The Travelers, 2011), tandis que l’Argentine Ana Gallardo filme l’itinéraire mental d’un parent dans les rues de Grenade, sa ville d’origine (Mi tío Eduardo, 2006). Mêlant lui aussi imaginaire et expédition vers des lieux bien réels, Fernando Prats retourne sur les lieux d’un naufrage en Antarctique (Gran Sur, 2011).
Francis Alÿs, The Loop – El Loop, 1997, Tijuana-San Diego, documents éphémères d’une action.
Le voyage, c’est aussi le moment et le lieu de la fabrique des souvenirs – à la fois mentaux et matériels. Ceux que rapportent Aurélien Froment (des cloches à vent muées en sculptures suspendues, Paolo Soleri – Incomplete Soleri Windbells, 2010), ou Leyla Cárdenas (des épidermes de murs prélevés comme pour une fouille archéologique, Recolección 69-10, 2007-2012). Mais le voyage, c’est aussi l’imprévu. Alberto Baraya réalise un long plan fixe sur le fleuve Putumayo d’Amazonie (Río, 2005). Le travelling au fil de l’eau est interrompu par des tirs de mitraillette, qui font basculer l’instant bucolique vers la scène de genre, de type film de guerre. Le voyage, heureusement, n’est pas un long fleuve tranquille.

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