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Un Vinci derrière un Vasari

Alice Poujol 16 mars 2012

Une œuvre perdue de Léonard de Vinci pourrait refaire surface dans les prochains mois. Une équipe de scientifiques a mis à jour plusieurs éléments indiquant sa présence sous une fresque de Giorgio Vasari, dans la salle des Cinq-Cents du Palazzio Vecchio de Florence.

Le scénario est digne du Da Vinci Code. L’homme qui mène l’enquête, Maurizio Seracini, figure d’ailleurs parmi les personnages du bestseller de Dan Brown, en sa qualité d’expert de Léonard. Obsédé par les mystères du peintre, il décortique depuis trente ans ses toiles, ses notes et ses esquisses. Expert en bio-ingénierie, il a été le premier à utiliser des technologies chirurgicales et militaires pour le diagnostic des œuvres d’art. C’est d’ailleurs à l’aide de sondes endoscopiques que son équipe et lui ont mis à jour des éléments indiquant la possible présence d’une fresque sous la fresque.

L’œuvre perdue

La Bataille d’Anghiari figure parmi les énigmes de l’histoire de l’art. Elle a longtemps été considérée comme détruite.

C’est l’histoire d’une œuvre maudite. En 1503, la Seigneurie de Florence commande à Léonard une fresque célébrant la victoire de la République sur les Milanais. Le maître dispose d’un mois pour réaliser le carton. Sur le mur d’en face, Michel-Ange est chargé de représenter La Bataille de Cascina (aujourd’hui disparue, elle aussi). Pour gagner du temps, Vinci décide de commencer à peindre avant d’avoir fini les dessins préparatoires. Il choisit d’appliquer directement la peinture à l’huile sur le ciment. Un procédé inédit qui finit par échouer.

Un orage éclate. La peinture encore trop fraîche se répand en épaisses coulées sur le mur. Léonard de Vinci quitte Florence, ne laissant dernière lui que la partie centrale de l’œuvre : La Lutte pour l’Étendard.  On peut y voir des cavaliers en armure se battre au sabre. Leurs montures écument et se cabrent. Les sabots s’enchevêtrent, piétinent des hommes à terre.

La fresque inachevée suscite l’engouement de ses contemporains. Le carton est longtemps exposé au Palais Médicis. Plusieurs reproductions nous sont parvenues. La plus connue est celle de Rubens, qui figure dans les collections du musée du Louvre.

Pierre Paul Rubens, La bataille d'Anghiari d'après Léonard de Vinci, 1603, © musée du Louvre.

En 1563, le peintre et historien de l’art Giorgio Vasari est chargé par Cosme Ier de Médicis de rénover la salle. La Lutte pour l’Étendard est recouverte. C’est ici que les spéculations commencent.  Pour certains, Vasari admirait trop Léonard de Vinci pour effacer son œuvre. Il aurait réalisé sa fresque sur une cloison, séparée du mur par un mince interstice, comme il l’avait fait pour préserver La Sainte Trinité de Masaccio dans l’église Santa Maria Novella.

« Qui cherche, trouve »

En 1975, Veracini entre en scène. Échographies, radars, scanneurs, il passe au crible le Palazzo Vecchio, bien décidé à retrouver la fresque disparue. Il finit par mettre à jour une inscription sur La Bataille de Marciano de Vasari : « Cerca, Trova » (« Qui cherche trouve »). Enthousiasmé, il demande alors à réaliser des recherches plus approfondies, en perçant la fresque de Vasari. En vain.

Giorgio Vasari, « Cerca, Trova » détail de La bataille de Marciano, 1564, Palazzo Vecchio, Florence.

Veracini poursuit sa quête. Il découvre qu’il existe un espace entre la fresque de Vasari et le mur. Il mesure un peu plus d’un centimètre, mais pourrait suffire à protéger l’œuvre de Vinci. Aucun espace de ce type n’existe sur les autres murs du Palais.

C’est finalement en 2011 qu’il obtient l’autorisation de percer des trous minuscules dans la fresque de Vasari pour y introduire des caméras et effectuer des prélèvements.

L’étrange noirceur

Les premières analyses scientifiques sont encourageantes. Les composants recueillis par les étudiants de Veracini indiquent qu’un peintre à bel et bien travaillé sur ce mur : laque rouge, peinture marron, ainsi qu’un pigment noir. Ce dernier interpelle tout particulièrement notre « détective » de l’art. La Joconde cacherait ce mélange particulier dans les plis de sa robe.

Le 13 mars dernier, Veracini convoque une conférence de presse. Il confie : « Ces détails sont très encourageants. Même si nous sommes encore aux phases préliminaires de la recherche et qu'il y a beaucoup de travail à faire pour résoudre ce mystère, les différents éléments suggèrent que nous cherchons au bon endroit. »

Les sceptiques

Une pétition a circulé pour dénoncer cette opération de publicité « à la Dan Brown. » Elle a récolté des centaines de signatures d’experts de l’art. On reproche à Veracini d’avoir endommagé la fresque de Vasari, réputé piètre peintre, mais qui  figure parmi les historiens de l’art les plus importants. Une enquête de police a été ouverte fin décembre pour actes de vandalisme présumés. Selon d’autres critiques, l’œuvre, même si on la retrouve, risque d’être effacée par le temps.

Le projet ne sera pas abandonné pour autant. Il bénéficie de plusieurs soutiens décisifs, dont celui du maire de Florence. Pour Veracini, spécialiste du diagnostic non-destructif des œuvres d’art, il ne s’agit pas d’effacer l’œuvre de Vasari mais de la découper. Le National Geographic, qui codirige le projet diffusera un documentaire sur cette folle entreprise le 1er avril prochain.

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