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Degas/Morisot, portraits de femmes

Magali Lesauvage 15 mars 2012

Deux expositions de peintres impressionnistes ouvrent quasi simultanément à Paris : au musée d'Orsay, Degas et le nu, au musée Marmottan-Monet, Berthe Morisot. Un homme, une femme. Un peintre star, une artiste considérée plutôt comme un second couteau de la peinture. Et surtout deux visions de l'impressionnisme. Analyse comparée à travers un thème, celui du portrait de femme.

À Orsay, c'est le thème du nu chez Degas qui est abordé. Au-delà de la simple étude plastique, on peut aussi y voir, entre les coups de pinceau, la représentation de la condition féminine, à une époque, le tournant du XXe siècle, qui fut peut-être l'une des plus répressives envers les femmes. Mais d'Intérieur (dit aussi Le Viol), mise en scène à la Ingmar Bergman, évoquant le temps suspendu précédant le drame, à ses Femmes au tub, instantanés de pudeur, c'est avec une certaine distance que Degas dépeint la femme.

 Edgar Degas, Femme au bain, 1893-1898, courtesy of Art Gallery of Ontario, Toronto © Photo 2011 AGO.

Souvent vue de dos, le visage dissimulé, la figure n'est pas toujours saisie dans la posture la plus élégante (voir la Femme sortant du bain du musée d'Orsay, ou Le Petit Déjeuner après le bain de la Fondation Beyeler, ill.). Se lavant, parfois seule, d'autres fois accompagnée d'une servante, elle est saisie dans un moment d'introspection et d'inspection de son propre corps. Loin de l'intimité domestique à laquelle on les associe généralement, ces scènes ont souvent lieu dans des maisons closes – dont Degas a réalisé une série de monotypes assez cruels, restés inconnus de son vivant.

Une vision réaliste qui n'exclut pas une certaine empathie, voire une tendresse dans le rendu des chairs, la capture du geste simple, les chevelures dégoulinantes et les nuques claires à forte puissance érotique. Habillée, la femme chez Degas n'est pas plus idéalisée... Que l'on songe à sa Petite danseuse de quatorze ans, au corps malmené par l'exercice rigide, à la mère perdue de solitude de La Famille Bellelli, à l'ivrogne au regard vide de L'Absinthe ou encore aux Repasseuses baillant de fatigue.

Edgar Degas, Le Petit Déjeuner après le bain (Le Bain), vers 1895-1898, Riehen/Bâle, Fondation Beyeler © Robert Bayer, Basel.

Chez Berthe Morisot, changement d'ambiance. Issue de la moyenne bourgeoisie, la protégée et belle-sœur de Manet est la seule femme à exposer au salon impressionniste, notamment aux côtés de Degas. Son thème de prédilection en peinture est la figure humaine, notamment féminine – et plus généralement familiale.

 Berthe Morisot, La Lecture ou L'Ombrelle verte,  vers 1873 © The Cleveland Museum of Art.

Possédant une solide technique, Berthe Morisot donne une vision de la femme édulcorée, idéale. C'est la jeune fille en fleur, la « femme d'intérieur », la mère... bref, tous les clichés de la femme bourgeoise. Contrairement à Degas, Morisot n'atteint jamais le second degré ni l'ironie. Ses portraits manquent de vision, et vont rarement au-delà de la simple représentation, pour faire percevoir au spectateur un état d'âme ou encore un contexte social et psychologique. C'est non pas la femme, mais la féminité et ses attributs (voire ses stéréotypes) que peint Berthe Morisot, passant à côté des subtilités de l'être humain. Celles-là même qui sont rendues de manière si poignante dans les œuvres de son confrère Degas.

DEGAS ET LE NU

13/03/2012 > 01/07/2012

Musée d'Orsay

PARIS

Cette exposition explore l’évolution de Degas dans la pratique du nu, de l’approche académique et historique de ses débuts à l’in...

exposition terminée
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