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Street Art et démêlées : le cas Banksy

Aurélie Laurière 28 février 2012

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Légalité, propriété, pérennité, authentification : en matière de Street Art, ce ne sont pas les questions épineuses qui manquent. Chaque semaine voit son lot de débats, de querelles, voire de procès. À tel point que certains journaux spécialisés comme The Art Newspaper n’hésitent pas à parler de « terrain miné ». Radiographie du cas – ô combien emblématique – Banksy.

Bobbies entrelacés, bouquet de fleurs Molotov, héros de Pulp Fiction brandissant des flingues-bananes : depuis la fin des années 1990, les peintures au pochoir drôles et choc de Banksy ne cessent de faire le tour du monde. Malgré ce succès, l’artiste, dont on ne connaît toujours pas la réelle identité, continue de se refuser – par conviction et pour éviter les poursuites – à signer et à authentifier ses œuvres.

© Banksy, Berlin.

Il y a un mois, coup de tonnerre au Royaume-Uni : le travail présumé du graffeur dans les rues de Liverpool lui aurait été attribué à tort. Ce sont les fans, lesquels ont pris l’habitude de consulter le site officiel de l’artiste en quête de preuves photographiques, qui, n’y trouvant pas les œuvres en question, ont tiré la sonnette d’alarme.

Si la question de l’authentification est délicate, que dire de tout ce qui touche à la propriété ? D’ordinaire, le propriétaire du bâtiment possède de fait l’œuvre qui y est apposée, et peut vendre cette dernière à sa guise. Nul besoin de certificat : c’est le cas le plus simple. Tout se complique lorsque l’édifice est détenu par une collectivité locale ou est abandonné, comme cela s’est produit en mai 2010 à Detroit. Des artistes d’une galerie à but non lucratif avaient emporté le mur d’une usine désaffectée sur lequel Banksy avait peint. Propriétaire des lieux, la société BioResource Inc., s’était empressée de porter plainte. La galerie a finalement été condamnée, en septembre dernier, à verser 2.500 dollars à l’entreprise. Maigre somme, quand on sait que le montant de l’œuvre de la discorde pourrait s’élever à 100.000 dollars…

© Banksy, Detroit.

Opérations de sauvetage ou vols ? Il est bien souvent difficile de trancher. En décembre dernier, un certain Leon Lawrence a par exemple été accusé d’avoir volé la fameuse Sperm Alarm de l’Hôtel Hesperia de Londres, et d’avoir tenté de la revendre sur eBay pour 17.000 livres. L’homme, qui nie les faits, sera jugé en mai. Affaire à suivre.

D’autres, à l’instar de Stephan Keszler, dont la galerie des Hamptons présente des œuvres de Banksy, n’hésitent pas à affirmer que beaucoup de pièces auraient été détruites si des gens – plus ou moins bien intentionnés – ne les avaient volées. Toutefois, l’homme qui possède une dizaine d’œuvres de rue de Banksy se défend vivement d’avoir commandité leur kidnapping.

© Banksy, Londres.

Sauver des œuvres, très bien, mais l’esprit street dans tout ça ? Du côté des artistes comme de celui des maisons de vente, certains choisissent de respecter la démarche des graffeurs. Gareth Williams, spécialiste de Street Art chez Bonhams, explique : « Nous avons fait le choix de ne pas vendre des œuvres de Banksy car nous n’approuvons pas leur déplacement. Nous respectons l’approche de l’artiste qui a réalisé ses peintures pour son plaisir et celui du public. » De même, l’artiste Ben Eine, camarade de jeu de Banksy durant de nombreuses années, plaide pour que les peintures murales soient laissées dans leur environnement d’origine. « Le Street Art n’est pas fait pour être vendu. C’est pour cette raison que je ne signe pas mon travail et que je me refuse à l’authentifier. Ce n’est pas de l’art à vendre mais de l’art à apprécier. » Des convictions qui n’empêchent pas Eine d’être réaliste : « Comme avec tout ce qui a de la valeur, il y a aura toujours quelqu’un pour payer et quelqu’un pour faire des bénéfices, c’est la vie. »

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