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Ai Weiwei, l’artiste-média

Magali Lesauvage 21 février 2012

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Impossible de passer à côté d’Ai Weiwei ces jours-ci. Son exposition Entrelacs au Jeu de Paume à Paris, montre que l’artiste chinois est  passé maître dans un art bien de notre temps, celui de la communication.

À l’occasion de l’ouverture de son exposition Entrelacs au Jeu de Paume, à Paris, Ai Weiwei a été aujourd’hui, mardi 21 février, invité par le quotidien Libération à occuper ses pages. Il fait la une de l’hebdomadaire Télérama, dans lequel il est annoncé comme « l’artiste qui fait trembler la Chine », et on peut le voir, cas rarissime pour un artiste contemporain, dans plusieurs journaux télévisés. Volontiers présenté comme provocateur, Ai Weiwei a fait les frais de son indépendance vis-à-vis du gouvernement chinois en subissant en 2011, sous prétexte de fraude fiscale, une détention de 81 jours, après avoir vu son atelier saccagé, son blog fermé, ses proches harcelés et autres humiliations diverses.

Ai Weiwei avec la rockstar Zuoxiao Zuzhou dans l’ascenseur, placé en garde à vue par la police, Sichuan, Chine, août 2009 © Ai Weiwei.

Certes, Ai Weiwei est un martyr. Cela n’en fait pas pour autant un grand artiste. Les persécutions injustifiées qu’il a subies lui ont sans doute donné une aura un brin exagérée. Son statut d’artiste à la fois maudit et officiel (voir son rôle de consultant artistique pour le stade des J.O. de Pékin, le fameux « Nid d’oiseau ») donne de lui une image ambiguë, tandis que son travail pèche souvent par une grande littéralité. Se mettre à nu pour dénoncer l’absence de transparence du gouvernement chinois, photographier son majeur dressé face à divers symboles de pouvoir du monde entier, ou encore briser des céramiques antiques sont des gestes certes héroïques, mais d’un intérêt artistique tout relatif.

Juin 1994, 1994, © Ai Weiwei.

Artiste-twitterer

Telle ne semble pas être la question que s’est posée Urs Stahel, le commissaire de l’exposition du Jeu de Paume. Présenté, entre autres, comme « artiste-twitterer », Ai Weiwei, qui a fait d’Internet son principal canal de création, est perçu autant comme créateur que comme communiquant, voire prophète (au sens de médiateur). Ainsi déclare-t-il dans Libération : « Je suis un média chargé d’un message ».

C’est en effet une sorte d’expo-média que l’on peut visiter au Jeu de Paume. Celle-ci se feuillette comme un magazine d’images, quelques dizaines parmi les 250.000 clichés présents dans les archives d’Ai Weiwei. Cette prégnance de l’image reflète la boulimie propre à l’artiste, et fait en quelque sorte écran à l’absence des œuvres (sculptures, installations) de l’artiste, comme à sa présence physique (Ai Weiwei a activement participé à la conception de l’expo, mais est toujours interdit de quitter le territoire chinois et sa liberté de parole reste réduite).

Etude de perspective – La tour Eiffel, 1995-2003 © Ai Weiwei.

Une rétrospective qui mêle les photographies prises dans le New York des années 1980, au temps d’une certaine insouciance, les innombrables autoportraits, les « twitpics » prises à la va-vite et envoyées sur son compte Twitter, ou celles de son blog qui ont pu être préservées, celles de la Chine en perpétuel chantier ou encore la fameuse série Etudes de perspective sur le thème du « doigt d’honneur ».

Partout, omniprésente est l’image d’Ai Weiwei lui-même. Parmi ses sources d’inspiration revendiquées, on retrouve Marcel Duchamp et Andy Warhol, deux artistes qui ont souhaité faire descendre l’œuvre d’art de son piédestal, mais qui ont aussi su construire leur propre image de manière bien précise. Une œuvre d’art en soi.

AI WEIWEI

21/02/2012 > 29/04/2012

Jeu de Paume

PARIS

Au début des années 1980, Ai Weiwei (Pékin, 1957) choisit New York comme terrain d’expression, y photographiant quotidiennement le mond...

Exposition terminée
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