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World Press Photo : image vraie et faux débat

Magali Lesauvage 16 février 2012

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L’Espagnol Samuel Aranda a remporté le 55e prix Word Press Photo grâce à un cliché, que certains ont qualifié rapidement de « Pietà islamique ». Analyse d’une image vraie et d’un faux débat.

On y voit une femme entièrement voilée de noir et gantée de blanc, tenant entre ses bras un homme torse nu, la peau tuméfiée et le visage dissimulé dans l’ombre bienveillante de son cou. On devine à la bouche entrouverte la souffrance, peut-être le cri. Le couple est légèrement décentré dans l’image, un vide, sur la droite, laisse fuir le regard vers un néant apaisant.

© Samuel Aranda.

La légende nous indique que nous avons sous les yeux une mère et son fils, blessé lors de manifestations contre le président du Yémen, Ali Abdullah Saleh. Le photographe Samuel Aranda est représenté par l’agence Corbis, et était en mission pour le New York Times lorsque la photo a été prise.

L’un des membres du jury, Koyo Kouoh, commissaire d’exposition camerounaise, affirme : « Cette photo parle pour la région entière », faisant ainsi référence au « Printemps arabe » et aux révolutions successives qu’ont connues la Tunisie, l’Egypte, la Libye ou encore la Syrie actuellement. On retrouve, dans les commentaires des jurés, la mention du « rôle des femmes », essentiel selon eux dans ces événements politiques, mais aussi le fait qu’il soit rare, dans les médias occidentaux, de « voir des femmes voilées ainsi, dans un moment si intime ».

Pietà

Au point de vue formel, l’image évoque immanquablement les Pietà de l’iconographie chrétienne, dont on rappelle qu’elles représentent la mère du Christ pleurant son fils mort. Le corps de celui-ci est généralement étendu sur les genoux maternels, dans une sorte de retour à l’image de la Vierge à l’Enfant. Les plus célèbres : la Pietà de Michel-Ange, celle de Giovanni Bellini ou encore le Christ mort de Rosso Fiorentino, conservé au Louvre. On peut les rapprocher de la photographie de Samuel Aranda : les angles aigus et la chair blafarde du corps du jeune homme disent la douleur, tandis que le caractère enveloppant du vêtement féminin évoque le (ré)confort de la figure maternelle.

Dans la Vierge de Douleur de Germain Pilon, sculpture de la Renaissance conservée à l’église Saint-Paul-Saint-Louis, à Paris, les plis de la robe mariale indiquent les méandres de son tourment et dissimulent à peine le visage lavé de larmes, enfoncé sous le voile. Le corps du fils a disparu, mais le regard fixe l’aimé absent. Dans l’image du World Press Photo, les traits de la mère éplorée ne sont pas visibles, la douleur est abstraite, muette, mais pas moins criante.

Germain Pilon, Vierge de Douleur, fin du XVIe siècle, Paris, église Saint-Paul-Saint-Louis © Sailko.

Un langage visuel qui « pourrait poser problème »

D’après un article du site Conscientious, rapporté par Slate.fr, ce « langage visuel on ne peut plus chrétien pour dépeindre un événement dans un pays musulman pourrait poser problème ». Un flagrant délit de débat inepte, soulevé ici au sujet d’une image que certains ont bien vite qualifiée de « Pietà islamique ». Pourquoi inepte ? Tout d’abord parce que la douleur d’une mère serrant le corps de son fils souffrant est un thème universel, et que le langage corporel qu’il implique varie peu, on en conviendra, de Sanaa à New York en passant par Shanghai. Ensuite parce que s’il y a référence, qu’elle soit volontaire ou non, à l’iconographie chrétienne, le fait que cette femme soit musulmane n’est pas le sujet de l’image, même si son appartenance religieuse est fortement indiquée par le port du niqab.

Déjà en 1997, le prix World Press Photo avait fait débat : la photo d’une femme de Benthala, en Algérie, évoquait fortement les représentations de la mater dolorosa. Que dire de celle-ci, très caravagesque, prise en ex-Yougoslavie et primée en 1990 ? Quasiment toutes les photos récompensées par le World Press sont des images de souffrance. Certaines parmi elles sont issues de l’iconographie chrétienne, qui a irrigué l’art occidental pendant deux millénaires. Soit. Mais elles nous rappellent surtout que l’on n’a pas besoin d’être chrétien pour être ému par la Pietà de Michel-Ange, ni musulman pour ressentir de l’empathie pour la mère de Sanaa.

© Hocine.

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