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Jérôme Delormas, directeur de la Gaîté lyrique : « On est l’anti-temple du numérique »

Magali Lesauvage 1 février 2012

Près d'un an après le lancement de sa version 2.0, la Gaîté lyrique fait le yoyo entre passé et présent avec la manifestation 2062. À cette occasion, son directeur, Jérôme Delormas, ex-pilote de la Ferme du Buisson, puis de lux Scène nationale de Valence, porte un regard à la fois rétrospectif et prospectif sur les divers enjeux de ce lieu dédié aux cultures numériques. Entretien.

2062, la Gaîté lyrique © Maxime Dufour.

[exponaute] Se placer dans le futur et regarder le présent, est-ce l'objet de 2062 ?

[Jérôme Delormas] C'est plutôt l'idée d'un aller-retour vers le futur. Certaines œuvres permettent de se projeter dans le futur, notamment en envoyant des messages vers l'avenir, d'autres, comme celles du collectif Pleix, regardent la société présente. Il y a aussi des expériences d'abstraction totale de l'espace et du temps, par exemple l'hypnose avec Catherine Contour, ou le sous-marin conçu par Michel Reilhac (un week-end d'immersion inédite, en milieu clos, sans aucun repère temporel). On a aussi un robot trader qui montre en direct l'activité boursière, l'horloge à remonter le temps de David Guez, ou la micro-ferme autonome de Damien Chivialle... La question c'est : peut-on s'approcher de l'élasticité du temps ?

On assiste aujourd'hui à une accélération de la nostalgie, qui tend à se vider de son sens : tout se périme vite, les objets des années 1980-1990 sont déjà vintage... Cela fait-il partie de votre réflexion ?

On évoque en partie le rétro-futurisme, qui lui-même est assez daté. Cette nostalgie accélérée est présente dans 2062, mais plutôt sous forme de forums, de rencontres et d'ateliers, pour réfléchir à des expériences qu'on aura vécues ici. Mais elle n'est pas nouvelle, et peut sembler vide si on se fait avoir par le marketing à outrance. On abordera d'ailleurs ce sujet à l'automne avec le projet de H5 : la Gaîté lyrique va être la « maison » d'une marque imaginaire, Hello. C'est un projet totalement ironique. On a aussi une position très politique, de critique de la société contemporaine. Avec H5, on va parler de la manipulation des esprits.

2062, la Gaîté lyrique © Maxime Dufour.

Selon vous, la Gaîté lyrique est-elle précisément le lieu pour la prospective ?

La Gaîté lyrique souhaite travailler les questions d'innovation, de technologie, du numérique, etc... On ne veut pas les aborder d'un point de vue techniciste, mais plutôt relativement aux usages, à la société, à l'être humain. On revendique un projet humaniste et généraliste. On travaille avec des spécialistes, mais on éditorialise, afin de faire des liens entre des choses qui, en apparence, ne paraissent pas liées. On cherche le sens dans ce qui passe par les sens – les expériences artistiques, la réflexion, ou d'autres formes. Par exemple, pour 2062 on aborde la question du futur d'un point de vue subjectif, sans prétendre donner une vision exhaustive et rationnelle de la question du temps... Ce sont d'abord des expériences, des outils de réflexion, on n'a pas de propos préconçu.

Concrètement, comment concevez-vous votre programmation ?

La Gaîté lyrique se conçoit métaphoriquement comme un lieu média, qui recueille, sélectionne, produit et redistribue l'information, avec des partis pris. L'instance de programmation s'appelle d'ailleurs le « comité éditorial », et réunit des experts divers, souvent extérieurs, et pas simplement des programmateurs classiques en art, musique, spectacle vivant, etc. Par exemple, cet été on va transformer la Gaîté lyrique en véritable plateforme de jeu, on va « jouer la Gaîté lyrique » – on s'est inspiré de la structure du bâtiment, qui est comme un jeu de niveaux ! Le jeu vidéo nous a semblé fondamental pour traiter du monde contemporain, car c'est un paradigme qui permet d’évoquer beaucoup de choses. L'ambition n'est pas historique ou objective (comme ça a été le cas au Grand Palais avec Game Story), mais c’est plutôt le jeu et l'espace, le mélange de virtuel et de réel. On a fait appel à trois commissaires, trois femmes qui viennent du jeu vidéo et défendent son indépendance. Ce qui nous ramène au rôle critique que l'on veut avoir : à côté du jeu vidéo mainstream, on veut aussi présenter les scènes indépendantes, les créations d'artistes.

Gaîté lyrique, le Foyer historique – Manuelle Gautrand Architecture © Philippe Ruault.

Après Berlin et Istanbul, vous poursuivez vos invitations à des villes avec Portland, une ville très à la mode en raison de sa scène musicale, ses boutiques bio, etc. Vous souhaitez attirer le public branché...

Ce n'est pas un objectif de cible, c'est même un problème – pas seulement ici, mais pour les pratiques culturelles en général, qui sont souvent monocordes. Il y a des personnes que l'on ne voit qu'aux concerts, et jamais aux expos – l'inverse est aussi vrai, mais beaucoup moins ! Beaucoup ne savent pas qu'on est aussi un lieu d'expositions et de conférences... Là il y a un enjeu passionnant : on veut penser les choses transversalement. La plupart du temps, les concerts font partie d'un ensemble, il y a un écho visuel. D'où l'approche par ville. La prochaine, en 2013, sera Johannesburg.

Vous êtes le lieu des cultures numériques. Comment concevez-vous votre place sur Internet ?

Un lieu comme le nôtre doit penser le web comme un espace de production de contenus, au même titre que les expos, les rencontres, etc. Sur le magazine du site, on a voulu que soit publié environ un post par jour. Pour ce faire, on va installer une équipe web sur le « plateau médias », au premier étage. Ça sera comme une véritable rédaction à demeure, avec trois personnes permanentes, de nombreux contributeurs externes et un studio qui sera un lieu de débats informels, avec des outils radio et audiovisuels – par exemple pour interviewer un artiste en résidence. Le magazine, dont Vincent Cavaroc prend la direction, doit être un espace média très fort, à la fois physique et virtuel, et qui devrait pouvoir résumer ce qu'on voudrait que soit cette maison. Ça devrait permettre à la fois d'animer le lieu et de l'exporter.

2062, la Gaîté lyrique © Maxime Dufour.

Le 1er mars, la Gaîté lyrique fête le premier anniversaire de sa réouverture. Quel bilan tirez-vous de cet an I ?

C'est un projet ex nihilo, sur lequel je travaille depuis 2004... Cette première année nous a surtout permis de nous familiariser avec le bâtiment, l'équipement technique. C'est un projet risqué, car en abordant les choses de manière transversale, on va à l'encontre de la facilité. On aurait pu faire seulement des expos tirées au cordeau sur l'art contemporain numérique, des concerts de musique électro grand public – même s'il y en a aussi ! Notre limite, c'est l'architecture, ces espaces peu lisibles qui permettent difficilement une expérience globale, qui se trouve pourtant dans le cahier des charges.

Quels sont les retours du public ?

En ce qui concerne la fréquentation, on est plutôt dans la fourchette haute de notre estimation – soit 280.000 visiteurs sur une projection annuelle. On a de très bons échos sur les réseaux sociaux, la presse est très positive. On accomplit aussi un important travail auprès de publics divers – scolaires, milieux associatifs, défavorisés, seniors – en bref, de ceux qui ne viendraient pas naturellement à nous. On ne veut pas rester enfermés dans la culture geek... En même temps, je ne suis pas naïf, je sais qu'attirer tous types de publics est une tâche gigantesque. On veut aussi devenir un centre de formation sur les cultures numériques, le document et les techniques multimédia, etc., afin de répondre à une attente énorme : permettre à chacun de se sentir moins perdu dans cette accélération à laquelle on assiste. Désacraliser, dédramatiser, déhiérarchiser : on ne se veut pas musée ou lieu consacrant – d'autant moins que dans la création contemporaine, il peut y avoir beaucoup de conservatisme... Les médias nous qualifient de « temple du numérique », mais c'est l'inverse, on est l'anti-temple ! C'est pourquoi on accueille des hackers, par exemple. La Gaîté lyrique se veut prescriptrice, mais on doit pouvoir se tromper...

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

2062

01/02/2012 > 25/03/2012

Gaîté Lyrique

PARIS

2062 est une exposition temporaire inédite, présentée du 1er février au 25 mars dans l’ensemble des espaces du bâtiment. Un parcours ...

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