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Le musée, nouveau « spot » à la mode ?

Magali Lesauvage 23 janvier 2012

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Le musée serait-il (enfin) à la mode ? Les hipsters, cette frange branchée de la jeunesse qui se pique de culture, semble assumer un goût pour l’art ancien, qui va de pair avec la tendance au rétro que l’on observe dans la musique, la mode ou le cinéma. En filigrane, une question relativement inquiétante : la jeunesse serait-elle devenue sage ?

Le phénomène hipster, forme de contre-culture née à la fin des années 1990, a engendré moult définitions, mais reste encore assez flou… En 2010, le journaliste Mark Greif en dessinait ainsi les contours dans Courrier International : « Les hipsters sont la version jeune des bobos ». Ils sont diplômés, hédonistes, écolos, apolitiques, souvent aspirants artistes, « pseudo-résistants » au système et se disent détenteurs du bon goût. Selon le coéditeur de la revue semestrielle n+1 (revue sans doute très appréciée des hipsters), le « hipstérisme », qui mêle des influences à la fois punk et hippie, a des « valeurs (qui) promeuvent sans en avoir l’air une politique réactionnaire, se cachant derrière une rébellion de mascarade ».

Réac, le hipster ?

Derrière ce jugement assez cinglant se profile une tendance encore discrète, mais persistante : de plus en plus de jeunes gens, et parmi eux les plus branchés, s’intéressent à l’art ancien et retournent au musée. Parallèlement, Françoise Hardy, la folk, le vinyle, la Nouvelle Vague ou encore le col Claudine sont de nouveau à la mode.

Dans le domaine des arts visuels, on constate chez une partie des vingtenaires un goût pour la peinture ancienne, source infinie de détournements de la part des graphic designers (voir les pochettes d’albums de groupes comme Smith Westerns, Renaissance Man, Fleet Foxes ou The Spits, à prendre plus ou moins au premier degré). La photo vintage est la référence – en particulier dans l’usage du Polaroïd ou du Lomo, ou dans la réalisation de photos « à l’ancienne » via les applications pour iPhone Hipstamatic ou Instagram.

A la fois technophile et amoureux des vieilles choses, geek et brocanteur, le hipster est anti-mainstream : il aime ce que la plèbe qualifie de ringard ou d’avant-garde, surtout pas l’entre-deux.

Tendance classique

Conséquences : des groupes de jeunes gens se réunissent sur Facebook ou Twitter pour organiser des visites au musée ou pour aller voir des expos, le musée de la Chasse et de la Nature, extraordinaire cabinet de curiosités métissé d’art contemporain, est très hype (si si), et nombreux sont ceux à acquérir le Laissez-Passer du Centre Pompidou ou la carte Louvre Jeunes. Grâce à celles-ci, on peut faire un détour au musée juste pour aller se planter quelques minutes devant son tableau favori, assister à une performance ou à une conférence d’histoire de l’art.

En ce qui concerne l’art actuel, on délaisse petit à petit le Street Art, mouvement qui commence à dater et dont la récupération par le marché de l’art tend à en décrédibiliser la partie visible, pour privilégier l’art contemporain pointu et relativement confidentiel (voir les sujets traités dans les pages Arts des Inrocks). Nombreux sont d’ailleurs les jeunes artistes à faire référence à l’art ancien – pour exemples, Cyprien Gaillard et ses gravures du XVIIe siècle détournées, ou la peinture caravagesque de Guillaume Bresson. Point de Murakami et de Damien Hirst, trop visibles, on ne jure que par les (très) jeunes artistes, que l’on retrouve notamment dans le nouveau quartier des galeries, Belleville, épicentre de la branchitude parisienne, où la pratique sociale de la visite des galeries est l’occasion de mondanités en petits comités.

Plus étonnant est le fait de trouver dans les supports média de la culture pop des références à l’art ancien : un « Hommage à des œuvres centenaires » sur le site Boum Bang, avec de longs développements d’histoire de l’art très universitaires, ou une mention de l’exposition La France en relief au Grand Palais sur le site du Bonbon, revue gratuite qui recense les « bons plans » de la capitale quartier par quartier.

Il y a un siècle, les dadaïstes voulaient brûler les musées, aujourd’hui ils sont à la mode. Jusqu’ici tout va bien.

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