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Inverser le regard : le musée-miroir de Jimmie Durham

Magali Lesauvage 07/01/2012

Visible dans l'exposition Une légende en cache une autre, à Bétonsalon, jusqu'au 28 janvier, l'installation Maquette pour un musée de la Suisse de Jimmie Durham renvoie avec humour le spectateur (occidental) à son complexe de supériorité.

Qu'est-ce qu'un musée ethnographique, si ce n'est un lieu où l'on montre « l'autre », et les objets qui le définissent, avec la part de fascination et de condescendance que cela implique la plupart du temps ? Si, en France, les écomusées, notamment, mettent en scène nos cultures traditionnelles, on y voit rarement des objets contemporains – et encore quand ils sont visibles perdent-ils leur usage, et donc souvent leur intérêt. Exposer sa propre culture, pour quoi faire ? Le musée est le lieu où l'on part à la rencontre de ce que l'on ne connaît pas.

Jimmie Durham, Maquette pour un musée de la Suisse (2011), courtesy Jimmie Durham & galerie Opdahl.

Cela peut donc faire un drôle d'effet de voir exposés sous vitrine une montre, un bonnet, des saucisses et des cigares, tous présentés et explicités comme des spécimens provenant d'une culture inconnue. Dans sa Maquette pour un musée de la Suisse (2011), l'artiste amérindien Jimmie Durham expose une Rolex, assimilée à une parure d'ornement, un bonnet de ski siglé du Crédit Suisse, une bouteille d'eau-de-vie, ou encore une série de masques de la tradition populaire helvétique, annotés de fiches rédigées à la main, au ton volontiers naïf.

Jimmie Durham, Maquette pour un musée de la Suisse, 2011, courtesy Jimmie Durham & galerie Opdahl © Aurélien Mole.

Ces objets relativement familiers, exposés comme s'ils étaient « autres », font réfléchir le spectateur sur son rapport à l'objet ethnographique, qui dès qu'il est mis en scène, est rendu étranger, réduit à un discours unique, simplifié en tant qu'artefact beau ou utilitaire. Inversant les positionnements, on se rend compte mieux encore de la condescendance, voire du paternalisme du regard occidental sur les cultures non européennes.

La plupart du temps regroupées dans les pays occidentaux en un même lieu de conservation, comme par exemple le musée du quai Branly, les cultures maori, maya ou sénoufo se côtoient, sans que l'on s'interroge (assez) sur la validité et la violence symbolique de tels rapprochements et décontextualisations – de même dans l'industrie du disque, le terme de world music associe des styles musicaux antagonistes, qu'ils soient traditionnels ou contemporains. Cette vision bipolaire issue du colonialisme – eux vs nous – mériterait d'être révisée, suggère avec justesse Jimmie Durham. A condition d'accepter de se regarder en face.

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