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Jonathan Littell rentre (un peu) dans le lard de Francis Bacon

Magali Lesauvage 29 décembre 2011

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Quand l’auteur des Bienveillantes s’attaque à un sujet tel que la peinture de Francis Bacon, on s’attend à ce que le propos soit brutal et d’une violence sourde, comme le fut son roman, qui remporta le prix Goncourt en 2006. Mais dans ce Triptyque – Trois études sur Francis Bacon, Jonathan Littell reste en retrait, malgré quelques rares incursions dans le corps de l’œuvre.

La froideur de l’écriture de Jonathan Littell sied bien à l’analyse picturale, ici souvent brillante. Ça n’est que vers la fin de l’ouvrage que l’écrivain franco-américain, qui a écrit ce Triptyque en anglais, avant de le traduire lui-même en français, parvient à se libérer d’une rigueur scientifique certes appréciable – on sent le bon élève qui ne veut pas décevoir ses maîtres, notamment dans de longues digressions sur la peinture byzantine ou la photographie –, mais à laquelle on aurait sans doute préféré l’introspection sensible du regardeur, en particulier face à une matière aussi bouleversante que la peinture de Francis Bacon. Tandis que dans les Bienveillantes, la distance et la froideur convenaient au traitement du thème de l’extermination finale, rendant plus traumatique encore le récit d’un tel cauchemar, ici Littell ne pénètre que petit à petit dans la chair de la peinture avec son talent d’écrivain et ses propres sensations – une fois après avoir quitté son intercesseur, la conservatrice du Prado Manuela Mena Marqués.

Qu’ont en commun Jonathan Littell et Francis Bacon ? On pourrait suggérer : avoir voulu traiter de la façon dont le XXe siècle a annihilé les corps, tout en employant des médiums et des modes différents. Littell est fasciné par la manière dont Bacon place au cœur de son œuvre le corps humain, en tant que forme sexuée, concentration de forces, trace. L’incarnation est la grande affaire de son temps, au moment où triomphe l’expressionnisme abstrait, en particulier celui de son rival/équivalent Mark Rothko, avec lequel il partage pourtant la « proximité avec la mort ». « Francis Bacon passera sa vie entière à tenter de saisir les sensations les plus secrètes des corps humains, de représenter ce que ça fait précisément d’habiter ce corps-là », remarque l’écrivain. Littell, qui pourtant montre une méfiance permanente vis-à-vis des propos du peintre, rappelle que celui-ci, peut-être prédestiné par un patronyme signifiant « lard », prétendait peindre de la viande, non pas de la chair, et estimait que « le simple fait d’être né est une chose très féroce ».

Littell convoque quelques associations assez heureuses, comparant le cheminement du pianiste Glenn Gould, du lyrisme à la limpidité, à celui de Bacon, ou encore la capacité du peintre à transformer ses limites techniques en force, comme l’écrivain William Faulkner, « dont la prose, même si elle peut parfois atteindre des hauteurs hypnotiques, demeure souvent laborieuse ou maladroite, (et qui) a réussi à forger son outil imparfait pour en faire une chose si impérieuse qu’elle enfonce le visage du lecteur dans un marécage et l’y maintient jusqu’à ce qu’il étouffe, le retirant juste à temps pour l’y replonger tout de suite après ».

Francis Bacon, panneau central de Trois études pour une crucifixion, 1962, New York, Guggenheim Museum.

Sur la fin, Jonathan Littell lâche ses mots. A propos de la figure du panneau central de Trois études pour une crucifixion de 1962, il écrit : « Chaque fois que je le revois, j’entre en transe devant ces volutes hardies, ces tourbillons, ces piqués, ces pointes, plongées, revers, traînées, où les pigments semblent couler librement dans le médium, une forme d’action painting peut-être, mais qui coagule pour former une figure, une grande figure ». Il fait là, enfin, non plus œuvre d’historien de l’art, mais d’écrivain.

Jonathan Littell, Triptyque – Trois études sur Francis Bacon, Paris, Gallimard, coll. L’Arbalète, 140 p., 22 €.

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