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Visite : un nouvel Orsay haut en couleurs !

Magali Lesauvage 12 décembre 2011

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Dix-huit mois de travaux, 7200 m² d’espaces rénovés, un peu plus de 20 millions d’euros investis : inauguré courant octobre, le « nouvel Orsay » est un événement en soi dans l’actualité muséographique. Visite guidée.

Le musée d’Orsay fête ce mois-ci ses vingt-cinq ans. Malgré son jeune âge, l’institution parisienne, dont les collections sont consacrées approximativement à la période 1848-1914, est l’une des plus célèbres et des plus visitées au monde (plus de 3 millions de visiteurs par an). La grande popularité de la peinture impressionniste, dont Orsay est le temple, n’y est pas pour rien.

Inauguré en 1986, sous l’ère Mitterrand, mais né de la volonté de Valéry Giscard d’Estaing, le musée installé dans l’ancienne gare d’Orsay est un modèle de réhabilitation architecturale, même si les aménagements intérieurs, signés de l’Italienne Gae Aulenti, n’ont pas toujours fait l’unanimité – la sévérité, la grandiloquence ou encore la complexité de la circulation (en particulier dans les anciennes salles consacrées à Gauguin et aux Nabis) en sont les principaux reproches.

La Galerie des impressionnistes en cours de montage, musée d’Orsay, Paris © Magali Lesauvage.

À son arrivée à la direction du musée, début 2008, l’historien de l’art Guy Cogeval, ex-directeur du musée des Monuments Historiques, à Paris, puis du musée des Beaux-Arts de Montréal, a souhaité donner un coup de jeune à la muséographie d’Orsay. Première volonté : mettre de la couleur dans les salles trop blanches du musée, et dramatiser la scénographie par des contrastes d’ombres et lumières. À rebours de l’esthétique du white cube qui prévaut plutôt dans les musées d’art moderne et contemporain depuis un demi-siècle (dans le sillage du MoMA de New York), on voit donc là certains murs peints d’un chaud rouge orangé ou d’un splendide violet cardinal, notamment dans les somptueuses salles du pavillon Amont, repensées par Dominique Brard.

Vue du pavillon Amont, musée d’Orsay, Paris © Magali Lesauvage.

Pour Guy Cogeval, « le blanc tue toute peinture », en particulier celle qui précède l’ère moderne : jusqu’au XIXe siècle, les peintures étaient en effet exposées sur des cimaises colorées, voire souvent du papier peint à motifs. Ainsi dans les salles consacrées aux arts décoratifs autour des années 1900, retrouve-t-on une certaine sensation d’intérieur bourgeois, mêlée à une scénographie qui reste très muséale. On n’est cependant pas dans l’esprit des period rooms telles qu’on peut en voir dans les musées anglo-saxons (par exemple au Brooklyn Museum), et qui tendent à passer de mode.

Dans les salles impressionnistes, l’architecte Jean-Michel Vilmotte a choisi un gris anthracite profond qui permet aux toiles de libérer la sensation d’air et d’espace qu’elles contiennent. Par le contraste ainsi créé, on est littéralement happé par la bourrasque qui anime la vue de l’Hôtel des Roches Noires à Trouville de Monet, ou par le regard de la femme nue au premier plan du Déjeuner sur l’herbe de Manet – on est moins fan du néo-baroque organique mis en œuvre au Café de l’Horloge par Fernando et Humberto Campana, duo de designers brésiliens. De même, l’intensité et la profondeur du bleu qui sert de fond aux œuvres de Gauguin et Van Gogh accrochées dans la Galerie Françoise Cachin (ainsi nommée en hommage à l’ancienne directrice du musée décédée en début d’année), rehausse celles de leurs toiles. C’est ici la couleur qui crée la lumière.

Vue de la Galerie des impressionnistes, musée d’Orsay, Paris (Auguste Renoir, Bal du moulin de la Galette, 1876, et banc Water Block de Tokujin Yoshioka) © Magali Lesauvage.

Une lumière naturelle qui envahit les espaces, pour se refléter dans les bancs en verre moulé Water Blocks dessinés par le designer japonais Tokujin Yoshioka, jusqu’à doucement caresser les peintures de Courbet (notamment L’Atelier et Un enterrement à Ornans), préambules à la modernité qui sont un peu engoncées au pied du puits de lumière du pavillon Amont.

Vue de la salle Courbet, pavillon Amont, musée d’Orsay © Sophie Boegly.

Plus d’espaces, plus d’œuvres, une visite facilitée et de meilleures conditions de contemplation : le nouvel Orsay est quasiment un sans faute. Ajoutons à cela des conditions tarifaires plutôt raisonnables (8 euros plein tarif, gratuité pour les moins de 25 ans et les demandeurs d’emploi), et le visiteur a droit à un lieu idéal pour l’art. Seuls bémols : les conflits sociaux qui agitent régulièrement le musée (notamment la grève qui a eu lieu au moment de l’inauguration des nouvelles salles, pour lesquelles les personnels du musée réclament plus de surveillants) et l’absurde interdiction de photographier (lire à ce sujet l’article sur le site louvrepourtous.fr). Dommage, en effet, quand on est dans un musée si beau.

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