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Records de ventes : une saison en enchères

Magali Lesauvage 9 décembre 2011

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Certains auront de beaux cadeaux sous le sapin cette année ! Les records de ventes aux enchères d’œuvres d’art s’enchaînent depuis quelques semaines – et se ressemblent. C’est la crise ? Pas pour tout le monde.

La semaine passée, un bronze exceptionnel d’Auguste Rodin, L’Âge d’airain, était échangé chez Christie’s, à Paris, contre la somme inouïe de 4.657.000 euros. L’œuvre à patine noire et verte, conçue en 1875-1877 et fondue en 1914, du vivant de l’artiste, date du tout début de sa carrière. Elle est restée célèbre pour la polémique qu’elle provoqua, Rodin étant accusé à tort d’avoir utilisé des moulages sur nature. Sa qualité remarquable a fait exploser les estimations initiales, situées entre 2,5 et 3,5 millions d’euros.

Auguste Rodin, L’Âge d’airain, 1875-1877, bronze fondu en 1914. Courtesy Christie’s, Paris.

Mardi soir, un tableau du peintre de la Renaissance flamande Peter Brueghel II le Jeune, Le Combat de Carnaval et de Carême, partait chez Christie’s, à Londres, pour près de 7 millions de livres sterling (environ 7,9 millions d’euros). Record battu pour cette œuvre, l’une des cinq versions connues sur le même thème, signée du fils de Peter Brueghel l’Ancien.

Peter Brueghel II le Jeune, Le Combat de Carnaval et de Carême, s. d. Courtesy Christie’s, Londres.

Le même jour, chez Artcurial, un Nu couché de Nicolas de Staël était adjugé un peu plus de 7 millions d’euros, avant d’être emporté dans les malles d’un collectionneur américain. La toile exécutée un an avant la mort du peintre français, en 1955, établit là aussi un nouveau record, le double de l’estimation initiale, à peine six mois après un précédent record à 2,4 millions d’euros (pour la toile Agrigente, datée de la même année).

Nicolas de Staël, Nu couché, 1954. Courtesy Artcurial, Paris.

Avant-hier, chez Sotheby’s Paris, un tableau de Pierre Soulages, 3 décembre 1956, a atteint la somme la plus haute jamais concédée pour une œuvre de l’artiste lors d’une vente aux enchères, soit 1,5 millions d’euros (pour une mise à prix à 600.000 euros et une estimation à 1 million). Avant-hier encore, le Portrait d’un gentilhomme, récemment réattribué au grand maître espagnol Diego Velásquez, était vendu pour 3 millions de livres (environ 3,4 millions d’euros) chez Bonhams, à Londres. Là aussi un record pour l’artiste.

L’ancien comme le moderne ont donc la cote. Sans parler du contemporain (compter environ 10 millions de dollars, soit 7,5 millions d’euros, aux enchères pour un tableau signé de l’un des artistes chinois en vogue actuellement) ou de la photographie, qu’elle soit vintage (433.000 euros pour un tirage de Derrière la gare Saint-Lazare de Henri Cartier-Bresson estimé entre 120.000 et 180.000 il y a quelques semaines chez Christie’s) ou contemporaine (record obtenu le mois dernier par une photo d’Andreas Gursky à 3,18 millions d’euros). L’art médiéval lui-même n’est pas en reste : une Vierge à l’Enfant en ivoire se vendait 6,3 millions d’euros il y a quelques jours chez Sotheby’s, à Paris.

Comme le fait remarquer Thomas Schlesser sur le site de Rue89, ces chiffres affolants masquent la réalité du marché, et notamment les cotes bien moins élevées d’artistes très honorables, comme Bourdelle ou Emile Bernard. « Certains grands artistes sont plus accessibles qu’on pourrait l’imaginer », résume-t-il. Mais la stratégie des maisons de vente est de communiquer sur les records, plutôt que sur ces prix relativement bas, pour faire monter la sauce – et les prix. Logique. Et la presse (mea culpa), de reprendre l’information pour créer le fameux buzz : pas une semaine, en effet, sans que les médias, qu’ils soient généralistes ou spécialisés, ne titrent sur un nouveau record de vente.

Cette course au chiffre et à la performance, caractéristique du système capitaliste dont le marché de l’art est peut-être le plus pur produit, car le plus irrationnel, évoque une forme de compétition sportive. Elle crée aussi un cercle vicieux – et lucratif.

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