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11 septembre : la réponse des artistes à l’événement de la décennie

Magali Lesauvage 9 septembre 2011

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Comment réagir, en tant qu’artiste, face à un événement qui défie l’analyse, et dont la compréhension, par l’opinion publique comme par les experts, aura été complexe, et les conséquences insoupçonnées ? Dix ans après les attentats du 11 septembre 2001, retour sur diverses stratégies artistiques adoptées.

Le matin du 11 septembre 2001 percèrent dans le ciel clair de Manhattan deux avions de ligne, qui à quinze minutes de distance vinrent chacun s’enfoncer dans l’une des tours jumelles du World Trade Center, symbole iconique de la puissance économique et culturelle des Etats-Unis. Quelques instants plus tard, un troisième avion s’abattait sur le Pentagone, à Washington D.C., tandis qu’un quatrième appareil, qui devait également être détourné vers la capitale américaine, s’écrasait dans une mine à ciel ouvert de Pennsylvanie.

Plus que toutes, ce sont les images des Twin Towers, percutées par les avions, puis s’effondrant dans un fracas de cendres et de poussières indescriptible, qui marquèrent les esprits. C’est dans la presse, notamment à la télévision et sur Internet, qu’elles apparurent très rapidement, « 9/11 » devenant le premier événement historique vécu en temps réel à une telle échelle, par des millions de spectateurs incrédules.

Recycler la presse

Pour les artistes, c’est d’abord la presse papier, comme matériau même des œuvres, qui leur permit de recycler les images inlassablement répétées des tours fumantes. Ainsi dans l’installation 9/12, présentée en 2010 dans son exposition personnelle au Museo Reina Sofia de Madrid, Hans-Peter Feldmann recensait les unes des principaux quotidiens internationaux datés du 12 septembre 2001. Formant une litanie où se répètent dans toutes les langues les mots « guerre », « horreur » et « attaque », l’œuvre monumentale décline une variation d’images du jour d’après, qui forment un leitmotiv formel entêtant.

L’artiste allemand démontre ainsi que, même réitérée à l’infini, l’image du World Trade Center en flammes, aujourd’hui encore, n’a toujours pas été assimilée. L’abstraction permet-elle mieux de rendre compte du drame ? Pour le dessinateur Art Spiegelman, auteur d’un célèbre dessin monochrome publié en couverture du New Yorker, les deux tours plongées dans l’obscurité se muent en sombres stèles, tandis que le peintre abstrait Ellsworth Kelly choisit de dessiner sur une photographie de Ground Zero publiée en 2003 dans le New York Times un rectangle vert qui forme une sorte de monument aux victimes invisibles.

Matière vive

Les images de celles-ci (près de 3000) auront été, dans cette catastrophe, occultées par les médias, dans une forme de déni assez stupéfiante. Ce sont plutôt celles des témoins des attaques, pompiers éreintés ou quidams recouverts de cendres errant hagards dans les rues blanchies de Wall Street, qui auront émergé du flot visuel, à côté de celles du World Trade Center, transformé en champ de ruines apocalyptique. Dans les images de James Nachtwey ou Joel Meyerowitz, rares photographes autorisés à pénétrer à Ground Zero, on voit un New York éventré, les piliers métalliques des tours jaillissant des décombres comme les viscères d’un cadavre.

L’artiste Alain Declercq a choisi une stratégie artistique plus conceptuelle, où la frontière entre fiction et réalité est perturbée. S’intéressant aux systèmes de surveillance et à la paranoïa des diverses formes de pouvoir, il s’est créé une identité d’agent de renseignement, un certain Mike, et a fabriqué de fausses preuves, à partir de photographies extraites de documents réels, selon lesquelles un missile, lancé par les forces armées américaines, aurait percuté le Pentagone et l’avion du vol United 93 aurait été abattu par l’aviation U.S. Une sorte de délire fictionnel basé sur les élucubrations des partisans de la théorie du complot, qui valut à l’artiste, cette fois-ci bien réellement, un interrogatoire musclé avec la Division nationale anti-terroriste française…

Dix ans après le 11 septembre 2001, on se rend compte que peu d’artistes, finalement, auront osé s’engager sur le terrain glissant de la réaction directe à un événement qui a pourtant en grande partie défini la décennie 2000. Sans doute parce qu’il conserve une inquiétante étrangeté et semble encore aujourd’hui irréel, « 9/11 » est une matière vive qui reste difficilement préhensible par les artistes.

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