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Ai Weiwei, l’artiste qui défie la Chine depuis 25 ans

Magali Lesauvage 30 août 2011

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Alors que l’artiste chinois Ai Weiwei a récemment été libéré de prison mais reste contraint à une liberté d’expression limitée, on n’aura peut-être jamais autant parlé de lui, ni autant relayé ses propos.

Arrêté le 2 avril dernier à l’aéroport de Beijing alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Hong Kong, Ai Weiwei aura passé près de douze semaines en prison, dans des conditions proches de la torture. Son inculpation pour fraude fiscale résonne comme un prétexte à faire taire l’artiste, lequel dénonce depuis des années les abus du système autoritaire chinois.


Recycler la Chine

Depuis une vingtaine d’années, Ai Weiwei, 54 ans, remet en cause dans son travail les contradictions entre une Chine plurimillénaire et traditionaliste et ses élans incontrôlés vers un capitalisme destructeur — il fut également co-auteur du Stade olympique de Beijing, le fameux « Nid d’oiseau », en 2008. Ainsi recycle-t-il des céramiques anciennes, qu’il brise en mille morceaux ou peint aux couleurs de marques célèbres, ou du mobilier typiquement chinois, qu’il assemble en structures architecturales. Récemment invité à exposer, dans le cadre des Unilever Series, dans le Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres, il présentait Sunflower Seeds. L’installation rassemblait des millions de graines de tournesol en porcelaine, fabriquées à la main par des artisans chinois, confrontant le visiteur au label « Made in China » qui fait partie de son quotidien, et à une réflexion sur la globalisation.

Molesté, assigné à résidence, vandalisé par les autorités chinoises, Ai Weiwei est plus particulièrement dans leur ligne de mire depuis 2009, suite à son projet destiné à rendre hommage aux milliers d’enfants morts lors des tremblements du terre du Sichuan, l’année précédente. L’artiste décida de recenser les noms des 5385 enfants piégés sous les gravats des écoles de la région (qui ne répondaient pas aux normes antisismiques), et d’exposer ces memento mori sous forme de listes. Depuis, l’artiste, ainsi qu’une partie de ses collaborateurs, a subi de nombreuses pressions, jusqu’au passage à tabac et à l’emprisonnement dans des conditions extrêmes.

Nouveau départ

Mais la résistance d’Ai Weiwei au gouvernement chinois n’est pas nouvelle, comme le montre la récente redécouverte d’un manifeste co-rédigé par l’artiste en 1985, alors qu’il résidait à New York, quelques années avant les événements de la place Tiananmen qui allaient faire découvrir au monde le désespoir de la jeunesse chinoise. Publié sur le site artinfo.com, le texte, signé par un collectif d’artistes chinois expatriés, constate que « l’art chinois a connu le siècle le plus sombre de son histoire », et qu’il est du devoir des artistes et des intellectuels d’aider le peuple à « se débarrasser du passé et à aller vers une société d’esprits libres et créatifs », pour « un nouveau départ ». « L’esprit créatif honore la tradition en rompant avec la tradition » — un principe qui pourrait résumer la démarche artistique d’Ai Weiwei.

Aujourd’hui l’artiste déclare vouloir plus encore qu’avant travailler sur le thème de la liberté d’expression — Internet étant son principal relais vers le monde extérieur, notamment via son compte Google+, déjà suivi par plus de 22.000 personnes. Libéré, mais pas encore réellement libre, Ai Weiwei semble prêt pour un nouveau départ.

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