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Claude Cahun, artiste de la métamorphose, au Jeu de Paume

Magali Lesauvage 27 mai 2011

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Figure à part du surréalisme, représentante d’une culture proto-queer à une époque où la libération de la femme était à peine amorcée, Claude Cahun fut une grande photographe, mais aussi un écrivain important, comme le rappelle la rétrospective que lui consacre le Jeu de Paume (jusqu’au 25 septembre 2011).

Née Lucy Schwob (elle est la nièce de l’écrivain Marcel Schwob), Claude Cahun (1894-1954) passa sa vie entière à se réinventer une identité via ses autoportraits photographiques. « Neutre est le seul genre qui me convienne toujours », déclare-t-elle. Elle ne renia pourtant jamais totalement son apparence féminine, jouant sur l’ambiguïté des clichés masculins et féminins — en premier lieu en choisissant le prénom ambisexe Claude.

« Moments les plus heureux de ma vie ? Le rêve. Imaginer que je suis autre. Me jouer mon rôle préféré ». Crâne rasé ou déguisée en poupée, utilisant volontiers le motif du miroir ou du double, se mettant en scène dans des décors soigneusement étudiés et s’accoutrant d’accessoires chargés de sens (masques, cape, globes de verre…), Claude Cahun anticipe l’art de la performance en superposant son œuvre et sa vie même. Elle se situe ainsi résolument dans la lignée du surréalisme, bien qu’elle ne fit jamais officiellement partie du groupe. Elle expose cependant plusieurs fois à leurs côtés, en particulier ses photographies d’objets et ses photomontages, et se fait la portraitiste de plusieurs d’entre eux, en particulier ses amis Henri Michaux, André Breton ou Robert Desnos.

L’œuvre de Claude Cahun ne se réduit pas aux autoportraits troublants qui ont fait sa célébrité. Avec l’aide de sa compagne Suzanne Malherbe, dite Moore, elle photographie également des assemblages d’objets, sculptures éphémères d’éléments trouvés, souvent réalisées dans un cadre naturel (pratique qu’elle explicite dans le texte Prenez garde aux objets domestiques). Ses photomontages font par ailleurs partie des expérimentations formelles les plus novatrices de la photographie des années 1930.

A ces recherches plastiques, Claude Cahun ajoute un volet littéraire, en publiant notamment en 1930 Aveux non avenus, qu’elle illustre de quatre somptueux photomontages, et où l’on retrouve les diverses problématiques de son œuvre photographique : genre, identité, corps, métamorphose et individualisme. « Individualisme ? Narcissisme ? Certes. C’est ma meilleure tendance, la seule intentionnelle fidélité dont je sois capable », y écrit-elle. Libertaire et résistante à l’oppression (notamment pendant l’Occupation, sur l’île de Jersey, où elle sera arrêtée pour ses actes de résistance), Claude Cahun fut une militante, notamment au sein du groupe Contre-Attaque, partisane de « l’action directe ». La photographie fut pour elle la principale arme de combat.

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EXPOSITION CLAUDE CAHUN

au Jeu de Paume (Paris)

du 24 mai au 25 septembre 2011

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