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CELINE CLERON

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CELINE CLERON

Dadumène à la bibliothèque, 2014 © Céline Cléron

moulage en plâtre, bibliothèque en bois

Annonciation, 2014, © Céline Cléron

Colombe naturalisée, médailles religieuses

La mort du petit cheval, 2013 © Céline Cléron

Cheval d\'arçon

Lacrimosa, 2013, © Céline Cléron

Céramique émaillée, kleenex

Le repos en Egypte, 2013, © Céline Cléron

Verre soufflé, sable

Une minute de latitude, 2014, © Céline Cléron

Bois, coton, métal

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    Sur le Perchoir d’Horus avec Céline Cléron Dans la mythologie de l’ancienne Egypte, les pharaons ressuscitent à l’éternité sous les traits d’un homme à tête d’oiseau. Il s’agit d’Horus, le faucon céleste, que l’on trouve sur les parois des pyramides, souvent associé à l’œil prophylactique d’Oudjat. L’œil d’Horus à une double vertu : protecteur, il permet également de voir dans l’autre monde. C’est donc à Horus que Céline Cléron dédie sa première exposition personnelle dans un centre d’art contemporain, ici installé dans la chapelle romane du Généteil. En l’identifiant au perchoir du faucon céleste, elle nous invite à vivre et à expérimenter cette exposition comme un nouvel envol dans l’inconnu et dans l’histoire de l’art. A l’image de la performance inaugurale donnée pour le rituel du vernissage, où la trapéziste Hélène de Vallombreuse a été conviée à évoluer sous la voûte en plein cintre avec ses oiseaux. Le trapèze restera en place et les évolutions de la femme volante continueront d’habiter les lieux pendant le temps de l’exposition. Comme si l’esprit d’Horus, « celui qui est au-dessus », planait sur les œuvres et les visiteurs. Si ce n’est pas dans le tréfonds d’une pyramide que Céline Cléron a déployé son univers, peut-être que la nef de la chapelle du Généteil a gardé quelque chose des propriétés ésotériques de l’édifice. N’oublions pas qu’avec le nombre d’or et la voûte en berceau, l’architecture romane a été conçue pour canaliser les forces célestes. En la retournant mentalement, la voûte en plein cintre devient d’ailleurs la coque d’un bateau alors que l’ensemble du bâtiment se mue en un véritable vaisseau qui aurait pour mission d’opérer la jonction entre les dimensions terrestres et cosmiques. Tout à fait comparables à la chapelle, les dispositifs égyptiens de la pyramide et du sarcophage, peuvent être envisagés comme des véhicules pour l’éternité. Ou en d’autres termes, des voies d’accès aux multiples dimensions de l’invisible. Ce bateau est d’ailleurs bien présent dans l’exposition. Céline Cléron a eu la vision fugace et néanmoins précise d’une œuvre constituée d’un vaisseau du type caravelle du Nouveau Monde, juché sur un toboggan qu’il semble sur le point de dévaler. L’artiste a objectivé sa vision sous la forme d’une grande sculpture placée au fond de la nef qu’elle a fait réaliser en bois de noyer. Intitulée Une minute de latitude, cette œuvre est l’une des clefs de l’exposition et de notre rapport à l’art. Elle représente le point d’équilibre ultime avant d’effectuer la grande bascule ou le grand saut. Peut-être s’agit-il de ce moment charnière, sorte de point liminal, ou s’établit une connexion entre les mondes visibles et invisibles ? Point à partir duquel vont se déployer l’ensemble des visions qui constituent l’exposition. L’artiste a réunit une quinzaine d’œuvres qui déroulent son parcours récent comme on assemblerait les pièces d’un puzzle. À moins qu’il ne s’agisse de décrypter les signes d’un rébus pour résoudre une énigme. À côté du toboggan au bateau, une petite sculpture en verre soufflé intitulée Le repos en Egypte, figure une sorte de clepsydre qui semble avoir déjoué la fugacité et la fluidité du temps, concentrées ici en une pyramide de sable. Plus en avant, un buste de femme réalisé en porcelaine intitulé Lacrimosa est associé à une Annonciation constituée d’une taxidermie de colombe, les ailes déployées, sous lesquelles pendent des médailles d’apparitions de la vierge. Appartenant à la série des Receleurs, ces sculptures évoquent à travers le commerce des miracles ou des médailles, les faits de subtilisation, d’occultation ou d’escamotage auxquels certains aspects de nos cultures ont été soumis. Le procédé de l’escamotage, quand apparition rime avec disparition, est une autre clef de l’exposition. C’est ce qui transparaît à travers plusieurs œuvres qui renvoient au vocabulaire du magicien. Notamment au centre de la nef, où un espace délimité au sol, devient une véritable scène de magie où l’on retrouve les motifs de la colombe, de la cage à apparition ou des corps découpés (Lady in half). Mais au delà du dévoilement, l’artiste propose ici de reconsidérer le monde de la magie comme celui de tous les possibles. Notamment dans le fait de rendre palpable l’intangible. A proximité et en écho à ces évocations, on notera la présence d’une seconde petite sculpture en verre soufflé, intitulée Fabula. Elle semble figer dans le verre, comme dans un souvenir d’enfance, une bulle de savon qui aurait été soufflée à travers l’anneau d’une clef. Le souffle peut être vu ici comme le pneuma qui est aussi l’esprit aérien. Que l’on appelle également le principe de vie, le cinquième élément, où même l’Esprit-Saint, dans certaines cultures. Comment ne pas associer cette proposition aux sculptures des Régentes, constituées de collerettes de dentelles qui semblent tout droit sorties de tableaux de Rembrandt. L’artiste les a confiées pendant plusieurs mois à des abeilles qui en ont prolongé la fine géométrie par leurs subtils assemblages d’alvéoles de cire. Ici l’abeille est également à voir comme une manifestation de âme ou de l’anima, autre nom du pneuma. Avant que l’occident n’en fasse des symboles d’abnégation ouvrieuse, d’ordre et d’industrie, rappelons que dans toute l’antiquité, les abeilles incarnent la migration des âmes des sphères terrestres aux sphères célestes, tout en symbolisant la résurrection et l’immortalité. En Egypte on en faisait offrande aux mânes des morts pour les protéger dans l’au-delà. Il est vrai que l’on ne va pas dans l’invisible et le mystère sans certaines précautions et protections. Ce que semble avoir bien perçu l’artiste. À travers son intérêt pour l’histoire de l’art et l’archéologie, l’œuvre de Céline Cléron est véritablement transhistorique. C’est-à-dire qu’elle permet d’envisager des logiques et des lignes de forces qui transcendent la vision de l’histoire en termes de périodes et de ruptures. Après tout, ce sont bien les artistes et leurs œuvres qui écrivent l’histoire. Ceci dit, nombreux sont les artistes qui citent l’histoire de l’art, plus rares sont ceux, comme Céline Cléron, qui la réincarnent en redonnant une seconde vie aux objets et aux formes du passé. C’est ce qu’elle nous invite à observer dans la seconde partie de l’exposition au Musée d’Art et d’Histoire de Château-Gontier où une dizaine de ses œuvres dialoguent avec les collections d’antiques et de portraits. L’effet est saisissant et même troublant. Cette rencontre osmotique laisse poindre plusieurs interrogations: au-delà des périodes et des styles, quelles sont ces énergies que l’art de Céline Cléron fait ressurgir et revivre en les libérant du temps et de l’espace ? Qu’en est-il également de notre rapport fondamental à ces dimensions, au-delà des croyances, des folklores et des anathèmes ? Et surtout quelle valeur donner à l’œuvre d’art aujourd’hui, dans un monde désacralisé et désenchanté ? Qui plus est dans une chapelle. Ce sont ces réalités bien tangibles et très sensibles, à la fois ontologiques et sociétales, que travaille Céline Cléron. Ses réponses sont empreintes d’une poétique du vol, du souffle et de la générosité. Elles ont l’ampleur du don, de l’offrande ou de l’ex-voto. Elle sont de l’ordre d’une politique du risque aussi, puisque en reconnectant différentes strates de l’histoire de l’art, l’artiste réinvestit le champ devenu tabou de sa vraie magie. N’est-ce pas pourtant l’une des fonctions premières de l’artiste ? L’un des enjeux à la fois immémorial et profondément contemporain de l’art, que le créateur, pour nous tous, se doit de réinventer et de régénérer en permanence, à travers ses visions et ses œuvres. Ce que l’artiste a ici parfaitement réalisé, notamment avec les œuvres qui laissent intervenir le vivant, comme avec les abeilles, la trapéziste, les oiseaux ... C’est ainsi que Céline Cléron participe de manière significative à une dynamique qui semble devoir revenir en force dans la création actuelle. Une dynamique où elle se ferait plus mage que magicien. Avec elle, l’art reprend ainsi tout son sens, toute sa charge serait on tenté de dire, et sa place dans une véritable alchimie créative et régénérative. N’oublions pas que l’œil d’Horus qui est également celui de la sagesse, du savoir, de la conscience de l’univers et de la clairvoyance est un œil actif. Autant de facultés auxquelles l’humain peut avoir accès à travers la figure de l’artiste, qui à l’image de l’entité Horus, peut effectivement être « celui qui voit ». Un artiste qui pour voir aujourd’hui, doit savoir comme Céline Cléron, se risquer à nouveau à la vision pour que notre « être au monde » assure ses transmutations. Pascal Pique

    Dates 12/04/2014 - 15/06/2014
    Domaine art contemporain
    Période XXIe siècle
    Artiste Céline Cléron
    Site officiel Le Carré, Scène nationale - Centre d’art contemporain
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