On pourrait définir deux types d’artistes. Ceux qui toute leur vie approfondissent une problématique, un style, et ceux qui très tôt éclatent en plein vol. Pour ces derniers, il faut un atlas et un bon GPS pour en récupérer les morceaux. La carte montre que la déflagration de Winshluss a criblé un territoire qui s’étend de la sculpture au dessin, de la BD au cinéma, de la fabrication d’objets à la (co)création d’un supermarché… Et on retrouve un morcellement identique dans son travail de dessinateur. Multiplicité des styles, des mises en couleur, des références, le tout brillamment dézingué.
L’art de Winshluss est une assemblée des exclus, des rebuts, des déchets, des parasites, des irradiés, des has-been, des cloches et des victimes. (…) Pinocchio le pantin avait évidemment, et depuis toujours, sa place dans cet Olympe tombé plus bas que terre. Dans la plus pure tradition ferraille, Pinocchio n’a pas ici de chair en bois d’arbre mais la cabosse d’un robot de série Z. Fer blanc et rivets, ça fait de plus beaux reflets à la lueur de l’Enfer. Car c’est un inadapté, un apatride, un rejet, un membre de cette communauté qui naît au XIXe s. dans les fossés qui bordent l’édification des nations, de l’industrialisation, du capitalisme.(…)
Le silence de Pinocchio, les bavardages de la conscience… On trouve dans ce vis-à-vis l’esprit de Winshluss qui, s’il devait jamais affronter le Moby Dick de Melville, écrirait, j’en suis sûr, jaunasse à la place de Jonas.
Gilles Barbier
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