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Je suis née etc.

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Je suis née etc.

Natacha Lesueur, Sans titre

2009 Coll. de l’artiste

Natacha Lesueur, Sans titre

2010, Coll. de l’artiste, Photo: Natacha Lesueur

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    Depuis le début des années 1990, Natacha Lesueur développe un travail photographique dont le corps et la nourriture sont les éléments récurrents. Cela ne suffit cependant pas à le ranger sous la rubrique art corporel ou Eat Art (art avec de la nourriture). Car les images produites, notamment les dernières visuellement très tonitruantes, sont une exploration des multiples aspects du corps décoré, luimême mis en situation dans un décor : un corps apprêté simultanément rayonnant et inquiétant. Mis à part trois photos réalisées dans les années 2000, N. Lesueur a choisi de montrer, pour cette exposition, ses images les plus récentes (celles faites en 2010 et 2011). La série la plus ample — et la dernière — à laquelle elle a travaillé pendant deux ans, concerne Carmen Miranda, une star du cinéma hollywoodien des années 1940 et 1950. Portugaise de naissance mais ayant vécu au Brésil, cette dernière, surnommée la « bombe brésilienne », incarna sur les écrans l’exotisme vu du point de vue occidental — de même qu’elle représenta, à Hollywood, la réussite d’une femme du Sud dans un pays du Nord. Elle s’illustra dans des productions grand public en jouant, d’une manière bien souvent caricaturale, la danseuse de samba régulièrement coiffée d’un plateau de fruits (le plateau de gourmandises des bahianaises) et habillée de tenues tapageuses inspirées des costumes traditionnels brésiliens. N. Lesueur a pris ce personnage comme point de départ d’une exploration de l’image de la femme. Le modèle qui incarne Carmen Miranda était enceinte à l’époque des prises de vue et sa transformation physique, comme le dit l’artiste, « fait partie de l’évolution du projet, la photographie fixant ses états transitoires ». On est donc aussi, avec cette série d’images, face à l’expression la plus entière de la féminité et de ses clichés : maternité, beauté « fatale », femme fleur, sourire souvent de mise voire obligatoire. Pourtant quelque chose comme une fêlure traverse cet exotisme outré. Les fruits présents dans les compositions qui coiffent le modèle sont en putréfaction, les fleurs dans ces architectures arborescentes sont fanées, la décoration à l’arrière-plan de l’image est fréquemment rudimentaire : autant de signes de l’entropie à l’œuvre. Car le monde de N. Lesueur est loin d’être aussi sage qu’une image : on y rencontre souvent une violence rentrée et, comme c’est le cas dans cette série, une beauté étrange attirante et répulsive en même temps. Pour la première fois, l’artiste montre deux vidéos et un film, toujours consacrés à Carmen Miranda. Le modèle qui l’incarne y est filmé comme une poupée mécanique qui tourne sans faire de bruit. Un buste en plâtre complète cette déclinaison du personnage qui est aussi une traversée des techniques permettant de faire un portrait, et qui brouille les âges et les références (on passe d’Hollywood à la sculpture « classique »). Carmen Miranda a représenté jusqu’à l’outrance la femme fabriquée et instrumentalisée par la logique spectaculaire. Sa fin prématurée et tragique (elle est morte minée par l’alcool) est, d’une certaine façon, incluse dans la ruine à l’œuvre dans ces représentations : l’effondrement pointe derrière la pose construite. D’autres images récentes sont également proposées : ce sont des photos de femmes âgées aux dents enduites de vernis et qui éclatent de rire. Ces sourires, à la fois pleins de santé et inquiétants, hésitent entre la spontanéité et la crispation. N. Lesueur a réalisé ces images en faisant preuve, là aussi, d’un sens particulièrement aigu de la composition et du décor : les couleurs des modèles et celles des arrière-plans, de même que les poses des personnages, concourent à donner à ces pièces une facture décorative classique qui cohabite avec l’inquiétante étrangeté de ces bouches colorées. Des photos plus anciennes complètent cette présentation. On y voit des hommes — ce qui est assez rare chez N. Lesueur — dont un est endormi et un autre nu avec un casque sur la tête. Sur le visage du premier, des marques sont visibles : sont-ce des dessins rêvés qui s’inscrivent à même sa peau (dermographie), ou bien les traces abstraites de ses tumultes les plus intimes ? L’autre homme est face au spectateur et la formule inscrite sur son casque fait de l’image — et du corps photographié — quelque chose de visible et de lisible. Autre façon de traiter le corps comme l’origine et l’horizon ultime de la plasticité.

    Dates 19/10/2011 - 15/01/2012
    Domaine art contemporain
    Périodes XXIe siècle, XXe siècle
    Site officiel Musée d’art moderne et contemporain (MAMCO)
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