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PLAYERS

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PLAYERS

Christian Hidaka, PLAYERS.

Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels, photo Florian Klennefen.

Christian Hidaka, PLAYERS.

Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels, photo Florian Klennefen.

Christian Hidaka, PLAYERS.

Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels, photo Florian Klennefen.

Christian Hidaka, PLAYERS.

Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels, photo Florian Klennefen.

Christian Hidaka, PLAYERS.

Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels, photo Florian Klennefen.

Christian Hidaka, PLAYERS.

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    L’hermétique étrangeté Face à nous, une grande toile est tendue : une cour pavée ceinte de hauts murs crénelés. La toile occupe tout le mur, pareille à un décor déployé sur la scène d’un théâtre, à cette exception près qu’un décor ajuste sa perspective à celle du lieu où on l’installe : il feint de le prolonger. Ici, les murs de pierre peints sur la toile ne continuent pas les cimaises de la galerie, un décroché est ménagé entre l’espace réel et le lieu fictif, une discontinuité qui est un renoncement à l’illusion : l’espace qui s’ouvre n’est pas nôtre, il est autre. À gauche de la cour désertée se trouve un paysage immobile, habité d’étranges polyèdres. Aucune présence humaine — les seuls corps qui soient sont géométriques. Christian Hidaka n’a pas inventé les deux scènes d’ouverture de l’exposition Players, il les a empruntées à deux ouvrages où elles illustrent deux méthodes d’ordonnancement, l’une du temps, l’autre de l’espace. Le paysage aux polyèdres interprète une planche du traité que le peintre anglais Joshua Kirby consacra à la perspective linéaire au milieu du XVIIIe siècle. La toile tendue au mur reprend une gravure de l’Utriusque Cosmi Historia publié entre 1617 et 1619 par le philosophe hermétique Robert Fludd, anglais lui aussi. En un passage dédié à ce qu’il nomme les « techniques du Microcosme » — techniques par lesquelles l’homme organise son activité intérieure —, Fludd parle de l’art de la mémoire. Cet art, hérité de la rhétorique antique, recommande à l’orateur de traduire en images frappantes les savoirs ou les discours qu’il souhaite mémoriser — images « frappantes », c’est-à-dire étranges, saugrenues, car on se souvient du bizarre, mais on oublie le banal. L’orateur place ensuite ces images dans un lieu mental dont il connaît l’immuable plan. Qu’il retraverse ce lieu et il y trouvera les images qui tiennent scellés ses souvenirs. Fludd, dans sa méthode, recommande qu’on choisisse des scènes de théâtres en guise de lieux mémoriels. C’est un de ces théâtres que reprend Christian Hidaka dans la salle d’ouverture de l’exposition. Quant aux images qui doivent peupler cette scène pour la changer en un lieu de mémoire, elles surviennent dans la seconde salle… Entre les colonnades, sur les pavements bicolores et sous les arcades de lieux qui n’ont rien perdu de leur géométrie, une troupe de Players joue d’immobiles et étranges pantomimes. Les Players de Christian Hidaka sont peu nombreux et reviennent de composition en composition. Ici, ce sont des arlequins, des jeunes femmes équilibristes, des hommes en djellaba, une silhouette allongée sous un feu... Dans d’autres toiles, on vu des femmes en kimonos, des musiciens, des silhouettes abritées d’ombrelles. Ces figures sont des signes — par leur dessin, linéaire et plat ; par leur silhouette, aussi immuable que le tracé d’un chiffre ou d’une lettre ; par leur fonction aussi : elles signifient, mais dans une langue dont nous ne maîtrisons pas le fonctionnement. Elles manipulent des accessoires dont le répertoire est clos — éventails, sphères décorées d’astres, cubes polychromes — et dont on devine qu’ils sont semblables à des accents. Si la jeune fille était une lettre, elle se prononcerait différemment quand ses éventails sont verts et quand ils sont gris. Les peintures de Christian Hidaka fonctionnent par condensation d’inspirations. Il y a les théâtres de Fludd bien sûr, mais on retrouve aussi le Trecento italien dans ces pavements redressés, ces spatialités closes, ces couleurs pâles et mates comme celles des fresques. On pense aussi aux images de carnaval, aux peintres de Venise, aux masques de Pietro Longhi. En d’autres instants, on se demande si ces jeux d’éventails et ces fonds pareils à des toiles peintes ne feraient pas allusion au théâtre nô. Puis, on est frappé par la parenté entre le jeu vidéo et cet univers où le volume est construit par accentuation du plan, où les personnages échangent leurs combinaisons et leurs accessoires, à l’image des protagonistes que le gamer habille et équipe à sa guise. L’étrangeté de ce monde est pareille aux images de mémoire : elle ne peut être déchiffrée que par celui qui la compose. On tourne dans l’exposition ; les lieux et les scènes se succèdent en une scansion régulière ; la galerie se transforme à son tour en théâtre de mémoire. On la retraversera en esprit : l’antichambre et ses lieux vides d’abord, la salle principale et les Players jouant leurs mystérieuses cérémonies ensuite. Les toiles s’enchaîneront, le parcours se recomposera. Mais nous ne saurons briser le sceau des images pour accéder aux savoirs et aux discours qu’elles tiennent enclos. L’image reste image. Rien ne déplie l’énigme. Nina Leger

    Dates 07/09/2017 - 11/10/2017
    Domaines peinture
    art contemporain
    Période XXIe siècle
    Site officiel Galerie Michel Rein
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