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GUILLAUME BIJL

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    GUILLAUME BIJL DÉTOURNEMENT GÉNÉRAL Depuis 1979, année où Guillaume Bijl décide de transformer une galerie d’art d’Anvers en auto-école, l’artiste est passé maître en reconstitutions minutieuses d’espaces sociaux et commerciaux de la société marchande. Au fil des expositions, des centres d'art, musées ou galeries se sont métamorphosés en clinique psychiatrique, plateau de télévision, casino, magasin de luminaires, laverie automatique, salon de coiffure, friterie, gymnase, supermarché ou salle de billard. CORPUS TYPOLOGIQUE Progressivement, Guillaume Bijl a classifié ses interventions en une typologie détaillée : il distingue dans son œuvre les Installations de transformation où l'espace mue, où l’artiste imbrique "une réalité dans une autre réalité" ; les Installations de situation où l'événementiel installe une dissonance au sein d'un espace ; les Compositions trouvées, ensembles d’objets souvent mis sous vitrine, "natures mortes archéologiques contemporaines" qui introduisent la question du banal ; et enfin, les Sorry Works, assemblages d'objets visant une "extension poétique absurde" de son œuvre. À chaque contexte, l’artiste adapte sa forme d’intervention, car la charge critique frappe bien sûr différemment dans un environnement urbain, une foire d’art contemporain ou un centre d’art. Au plus juste, l’adéquation entre le lieu et l’installation doit faire trembler le réel. DUCHAMP DU SIGNE Dans la chapelle du Genêteil, Guillaume Bijl plante le décor : sa Sorry Installation se compose de statues de jardin en béton, petite famille éclectique rassemblant un Atlas portant le monde, des oies et des chiens, un jeune éphèbe évoquant vaguement Rimbaud, des paysans et des nymphes assez éloignées de leur modèle botticellien. Installés pompeusement comme un aréopage classique, ces ersatz inspirés de l’Antique renvoient bien sûr à l’inventeur du ready made « démobilisateur des credo artistiques et des folklores héréditaires »1 : le farceur Marcel Duchamp. Le geste d’abstraction qu’opère Guillaume Bijl en sortant ces sculptures de leur contexte habituel permet de réactiver, sur le mode narquois, une guerre menée de longue date contre les tenants d’une vision restreinte du champ artistique. En corollaire, ce cabinet de curiosités interroge le contexte institutionnel et la transformation du regard qu’il opère. CLASSE MOYENNE S’il évoque la question délicate du goût, Guillaume Bijl ouvre également la réflexion sur l’évolution de l’habitat depuis cinquante ans. L’échec de l’utopie moderniste et de sa politique des grands ensembles a maintenu la maison individuelle comme cadre de vie idéal. Dans les lotissements où la conception architecturale demeure souvent standardisée, les habitants personnalisent leur territoire, selon des règles décoratives souvent archétypales. Ce paradoxe, un autre artiste l’a souligné : Wilfrid Almendra, avec l’installation Concrete Jungle (2010), compose un ensemble de sculptures du même genre, quoique marqué par le passage du temps et la mélancolie de la ruine. Si Wilfrid Almendra et Guillaume Bijl révèlent bien « les contradictions esthétiques et les valeurs de goût de la civilisation pavillonnaire »2, Guillaume Bijl le fait sans doute de manière moins romantique, plus offensive. Toutefois, au-delà de sa charge critique, l’œuvre demeure porteuse d’une étrangeté troublante, comme si ce détachement du monde, cette mise à distance du réel la lestait du charme des natures mortes. DÉRISION Fabriquées en série, ces pastiches à la grâce kitsch sont parfois présentés le long des nationales, ou vendues dans les jardineries. Ce sont des trophées domestiques, liés à la représentation et au pouvoir. Non sans humour et décalage, ils intègrent ici le champ de l’art – un autre domaine de représentation et de pouvoir !!! — dans un nivellement magistral entre high et low culture. Raymond Hains pensait l’art comme une vaste héraldique de la dérision : les installations de Guillaume Bijl apporte leur écot à cette conception d’un art jouissif et subversif, qui, sans juger le monde qui l’entoure, en éclabousse joyeusement la bien-pensance. EVA PROUTEAU Notes : 1 – Jean-Yves Jouannais, L’Idiotie, éditions Beaux-Arts Magazine, 2003, p.20. 2 – Raphael Brunel, Wilfrid Almendra, Pavillon Sauvage, Revue 02, n°61.

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