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Rémy Zaugg

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    Rémy Zaugg est mort en 2005. La dérive de sa succession, entraînant la disparition de la fondation qu’il avait souhaité lui survivre, et pour finir, les circonstances dramatiques de la disparition de Michèle, son épouse, en 2014, ont rendu la fréquentation de son œuvre extrêmement rare et émouvante… Comme une mise à l’épreuve de l’absence.

    Pourtant, pour ceux — et ils sont de plus en plus nombreux— qui ont été marqués par les personnalités de l’homme et de la femme, par l’intelligence et la force plastique du travail qui les mobilisaient tous les deux, ou bien encore par la pertinence et l’amplitude des écrits de l’artiste, la peinture de Rémy Zaugg demeure une présence continue…

    Une figure spectrale proche qui personnellement m’accompagne.

    Exposer aujourd’hui sa production est une épreuve aussi « astreignante » que montrer celle de Joseph Beuys après sa mort. Et cela pour des raisons distinctes — la question de l’« installation » chez l’un diffère de celle de l’« accrochage » des tableaux chez l’autre — mais, parce que l’exposition est (était) pour eux deux le moment de l’« instauration » (au sens du philosophe Etienne Souriau) : « le lieu de l’œuvre et de l’homme »… Sculpture sociale et peinture sociétaire.

    C’est pourquoi, saisis dans la précarité d’un moment (l’« après l’artiste ») où il va nous falloir envisager l’utilité de cette grande œuvre à l’aune de son « pendant l’exposition », l’énoncé de cette exposition-là se pare de parenthèses : (Rémy Zaugg). Une opportunité pour signaler le chantier en cours, celui de l’indispensable interprétation à venir : trois tableaux sont inachevés et néanmoins accrochés, deux peintures pointent la disparition, que l’on espère provisoire, de leurs consœurs pour reconnaître pleinement ce qui se présentait à l’origine comme un quadriptyque.

    Dire que cette exposition se place dans la logique propre au natif de Courgenay (dans le Jura suisse) d’une situation prioritaire de perception, tient cependant de l’évidence. Rassemblement — que l’on pourra légitimement juger hétéroclite car non discursif — de faits picturaux, la présentation veut rendre compte de son engagement assumé. Elle couvre tout le parcours de cette expérience exigeante de réciprocité où « le tableau te constitue et tu constitues le tableau ». Et où, possédé autant que possesseur, le spectateur est « percevant », sans commune mesure avec les attendus un peu trop rabâchés du «regardeur qui fait le tableau ».

    Beaucoup de « choses » ont déjà été montrées (mais pas forcément bien vues) — je pense aux tableaux bruns du Musée d’art contemporain de Lyon – Ein Blatt Papier – et aux tableaux fantomatiques ou, à l’inverse, matiéristes, tirés des collections publiques bourguignonnes. D’autres n’ont été que très rarement présentés comme les deux très grands formats d’un ensemble de quatre exposé une seule fois au Kröller-Müller Museum d’Otterlo en 1996 (The Work : Unfolding), les tableaux bleus du tout début des années soixante-dix ou un groupe de « nouveaux » tableaux blancs sur gris, peints sur aluminium au commencement des années deux mille.

    Invité en 1989 et en 1992 pour une exposition personnelle, beaucoup (et bientôt intégralement) publié aux Presses du réel, co-signataire avec les commanditaires de Blessey-sur-Tille en Côte-d’Or d’une œuvre pour leur lavoir, Rémy Zaugg est un compagnon « permanent » de la vie du Consortium. Qu’il nous soit ici permis ici d’associer à son évocation, avec la plus empathique affection, la personne indispensable et chaleureuse de Michèle.

    Dates 30/10/2015 - 24/01/2016
    Site officiel Le Consortium
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